ISSN 2269-5141

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Jean-Marc Rouvière : Adam ou l’innocence en personne

Méditations sur l’homme sans péché

mercredi 16 septembre 2009, par Jean-Marc Rouvière

Composé de cinq méditations sur l’homme impeccable, Adam ou l’innocence en personne [1] propose au moyen de la foi et de la raison un commentaire de l’épisode de la Genèse où se joue et se dit la condition de l’homme.

A : Penser l’état pré-lapsaire

Le portraitiste de la grande figure mythique ou historique concentre son attention habituellement sur l’événement qui fonde cette grandeur, au détriment de l’ordinaire du personnage. La Bible est riche de ces hommes et femmes dont on nous parle seulement à propos d’un fait marquant, oubliant l’avant ou l’après de ce qui a bouleversé leur existence banale [2] Ainsi, la littérature philosophique et théologique concernant proprement Adam est quasi uniquement consacrée au lendemain du péché et à ses conséquences. Elle se place résolument dans une perspective postérieure à la Chute au risque de négliger largement le propos biblique sur la situation de l’homme d’avant le péché. Adam ou l’innocence en personne offre une enquête anthropologique, une approche de ce qu’ont pu être les plaisirs et les jours dans le jardin d’Eden avant qu’Adam ne bascule dans l’humanité qu’il nous a léguée.

Adam n’est pas l’idiot du Jardin qui commettrait sottement une faute. La Genèse dit que nous aurions dû être à l’image de cet homme lui-même fait à la ressemblance de son Créateur, s’il n’avait abîmé son humanité en sombrant dans l’orgueil, car il est l’homme créé par le Tout-Puissant qui l’a doté d’emblée du meilleur de l’humain. Une création qui a eu lieu dans un espace-temps où l’homme était épargné par l’angoisse morale et la souffrance de la chair.

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B : L’homme en question

Peut-on envisager sans tomber dans les inepties du créationnisme que les premiers vivants accédant à l’humanité aient connu quelque chose de la spontanéité de l’innocence ? L’orgueil et la méchanceté sont-ils des donnés ou des advenus ? Quelle serait une humanité préalablement à son basculement dans le péché et son indélébilité ? L’homme non-pécheur est-il simplement un homme ordinaire la tache du péché en moins ? Son existence est-elle la nôtre, la joie béate en plus ?

Force du mythe biblique qui nous parle, que nous soyons ou non croyants, de l’existence et de l’essence d’un étrange individu dont le destin en dit long sur nous-mêmes en pointant ce que nous ne sommes pas. Force aussi de la philosophie [3] pour nous aider à déchiffrer cette Parole qui dit la vie humaine sous des guises à jamais disparues, sauf peut-être en de rares étincelles où nous avons le privilège de connaître secrètement par un geste de pleine sincérité l’état d’innocence qui fut celui de l’homme mythique.

Notes

[1Jean-Marc Rouvière, Adam ou l’innocence en personne, L’Harmattan, 2009

[2Dans l’évangile de saint Jean, Lazare est pris dans le maelström de sa résurrection. Quelle vie a-t-il pu connaître à la suite d’un tel cataclysme ? Cf Jean-Marc Rouvière Le silence de Lazare, Editions Desclée de Brouwer, 1996.

[3En particulier la phénoménologie de la chair de Michel Henry et la philosophie morale de Vladimir Jankélévitch.

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