ISSN 2269-5141

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Alfonso Cariolato : L’existence nue

Préface de Jean-Luc Nancy

samedi 17 avril 2010, par Bruno Gaultier

Les Editions de la Transparence ont livré, à l’automne 2009, un essai sur Kant, intitulé L’existence nue [1]. Lorsqu’un livre vient ainsi s’ajouter au commentarisme foisonnant existant déjà sur un auteur majeur, il convient d’en évaluer les apports, la méthode, la précision, et de juger enfin si et en quoi nous pourrons désormais mieux lire cet auteur. Voyons alors si l’essai d’Alfonso Cariolato satisfait à ces différents réquisits, et semble donc trouver naturellement sa place dans l’ensemble de la réception et de l’interprétation de l’œuvre de Kant.

A – Un titre prometteur

Le titre de l’essai résume à lui seul la thèse décisive du livre : ce que l’œuvre de Kant délimite, circonscrit, sans doute malgré elle, c’est le fait pur de l’existence, le fait qu’il y ait des choses, le pur daβ [2], la simplicité même qui ne peut que se constater en disant : « il y a quelque chose ». La nudité par laquelle Cariolato caractérise ce fait pur de l’exister est une expression doublement heureuse : on y retrouve le bloβ allemand, le « pur et simple », mais aussi la suggestion sémantique que cette existence est à lire comme l’objet d’un désir qui ne saurait être comblé. Tout comme Barthes voyait le désir comme ce qui surgit « là où ça bâille », là où les vêtements suggèrent la nudité sans la livrer, il semble, à lire Cariolato, que la pensée de la chose, la pensée de la pure existence, apparaisse là où le système kantien ne se laisse pas clôturer, là où perdurera un irréductible écart entre le réseau serré des représentations, et le fait brut de l’exister que ces représentations laissent immanquablement hors de leur emprise. Cette érotique de la pensée se laisse lire dans les meilleures pages de l’essai [3], la métaphore du désir étant discrètement filée : la pensée se caractérisera comme « troublée », rendue « inquiète », elle sera toujours un « frémissement », et surtout, tout comme le désir, une tentative d’enclore en elle ce qu’elle vise sans que jamais cette tentative ne s’avère pleinement couronnée de succès. Dans la promesse de la nudité, dans la promesse d’une saisie totale de la chose (en soi), se déploient respectivement le désir et la pensée. A cet égard, l’ « essai sur Kant » annoncé par le sous-titre du livre est bien une relecture complète de Kant en fonction de cette hypothèse : l’impossibilité, pour le système kantien, d’enclore la présence effective des choses dans le maillage serré des représentations que la subjectivité transcendantale forme continuellement.

B – La méthode de lecture

Cette relecture complète va prendre la forme d’un pari : examiner si toute l’oeuvre critique de Kant n’est pas le développement patient, mais pas toujours parfaitement lucide ni conscient de soi, du résultat majeur de L’Unique Fondement possible d’une démonstration de l’existence de Dieu, à savoir : l’existence des choses n’est pas un prédicat, elle n’est pas une qualité qui pourrait s’attribuer comme les autres à des sujets, à des êtres. Ce faisant, l’existence, en quelque sorte expulsée de la prédication, se trouve peut-être également bannie de la représentation. C’est cette double expulsion que Cariolato tente de vérifier tout au long de son essai, par une relecture attentive de tout Kant, jusqu’ à l’Opus postumum, où l’échec inévitable, malgré ou à cause de son « urgence », d’une pensée de l’existence se trouvera mis en évidence. Le déploiement d’un concept, de tout ce qu’il inclut en lui, ne suffit pas à conclure à l’existence de l’être auquel correspond un tel concept : de cette discussion serrée avec la preuve ontologique que livrait Kant dans L’unique fondement..., faut-il extraire une clé d’interprétation globale de toute l’œuvre de Kant ? Le geste transcendantal revient-il à affermir un réseau de représentations ou un régime de phénoménalité, qui laissera pourtant totalement hors de son champ de compétence ce dont pourtant il a besoin : le fait même que quelque chose existe ?

L’œuvre kantienne sera donc lue en cohérence, et passée au crible de cette « thèse de l’être » que Kant lui-même formula.

La préface donnée par Jean-Luc Nancy à l’essai annonce une « analyse », une décomposition », voire quelque chose comme une déconstruction de Kant, mais aussi de Heidegger lecteur de Kant. A la lecture de l’essai, il apparaît effectivement que, souvent, Cariolato retrouve, dans le fil de ses analyses, des tournures, des gestes de pensée, qu’un Derrida n’aurait pas dédaignés : on y voit de l’impossible et du nécessaire surgir ensemble, on y voit des tentatives de clôture intégrale de système échouer, des restes d’impensé, sinon d’ « impensable », être mis patiemment au jour. On peut néanmoins estimer, moins emphatiquement, que, plutôt qu’une déconstruction, Cariolato se livre tout simplement à une lecture, c’est-à-dire à la répétition patiente, honnête, méticuleuse, de l’activité de compréhension des grands textes, à la lumière d’une ou de quelques hypothèses de travail qui ne sont pas surimposées artificiellement, mais émergent de la lettre même du texte (ici : la thèse sur l’être : l’existence est pure position absolue, et on ne peut rien en dire de plus).

La méthode adoptée par Cariolato, enfin, nous semble reposer en grande partie sur une volonté de se situer non pas seulement par rapport à Kant, mais par rapport aux héritiers de Kant, que ce soit Schelling en quelques saisissants moments de sa philosophie négative, ou Heidegger lecteur de Kant, avec lequel Cariolato s’explique de manière précise et convaincante. C’est en ce point que l’essai marque son intérêt et sa nouveauté : se situant dans l’abondant commentarisme kantien, il permet au lecteur non spécialiste de Kant de s’orienter, en procédant notamment à des distinctions conceptuelles fines que la puissance spéculative heideggérienne avait parfois laissées de côté, voire totalement occultées.

C : Approcher l’existence nue

Il ne sera pas proposé ici de résumé exhaustif de la progression de l’essai [4]. Celle-ci consiste en une série de chapitres bien équilibrés qui réexaminent clairement le cœur de la théorie kantienne de la connaissance, et voient, en ses divers points nodaux – la question du temps, le problème de la causalité, la question de l’activité et de la passivité du je pense, etc. - , ressurgir, au terme d’une confrontation simultanée à la lettre du texte et aux commentateurs de Kant (Gérard Granel, « La thèse de Kant sur l’être » de Heidegger, Gilles Deleuze, Jean-Luc Nancy...), le geste transcendantal tel que l’auteur tente de le définir : le tissage d’un réseau de représentations qui permet une connaissance inébranlable de l’objet (construit), mais laisse intouchée l’existence pure et simple de la chose, dont on ne peut rien dire.

C’est pourtant là qu’on aurait pu attendre de l’essai des développements plus conséquents sur cette existence nue. On en comprend assez vite qu’elle est inapprochable par la voie d’une connaissance représentative, et objectivante, qu’elle ébranle ou qu’elle trouble le système de Kant (ou tout simplement qu’elle est précisément ce qui fait de l’idéalisme kantien un idéalisme transcendantal, et non pas absolu, affirmant une indépassable finitude du sujet), et qu’elle est l’éternelle promesse qui ne se tient jamais. Le vocabulaire de la position, notamment, utilisé pour définir l’existence nue de la chose comme la simple position : « c’est posé dans l’être », ou « c’est l’être même qui se pose, l’être comme position », ne donne finalement guère de précision : il faut penser une position sans rien ni personne qui pose, une sorte de pur événement sans origine.

Quelques clarifications sur un tel événement auraient été bienvenues : comment penser un événement hors phénoménalité [5] ? Un apparaître pur, si l’on suit la préface de J.-L. Nancy, qui n’apparaît pas vraiment lui-même, puisque pour apparaître, il lui faut toujours déjà s’être soumis à l’acte d’une subjectivité transcendantale qui ne l’appréhendera que comme phénomène, et donc jamais comme ce qu’il est ? Est-ce encore un événement, puisqu’en toute rigueur rien ne peut en être dit ; est-ce encore un apparaître ? A rebours d’une certaine phénoménologie, pour laquelle l’apparaître doit lui-même (s’) apparaître, comment penser ici l’existence nue comme pur apparaître qui se perd lui-même dès qu’il entre dans le champ de la représentation, et de la phénoménalité ?

Alfonso Cariolato approche ces questions, en une variété de reformulations de la « thèse de la thèse [6] », sans s’autoriser de plus amples précisions pourtant naturellement appelées par ce buissonnement de concepts : événement, pur survenir, position, apparaître, donation, être hors représentation, assomption, liberté, etc. Le détour pratiqué, au fil de l’essai, par la philosophie pratique kantienne, qui révèle les liens intimes entre les concepts de création, de liberté, et d’existence, laisse ainsi le lecteur dans l’attente de plus larges développements.

D : Les distinctions conceptuelles : objet et chose ; réalité et existence

Si l’approche directe, positive, frontale, de l’existence, donc, s’avère la être la difficile face nord du kantisme, en revanche l’essai de Cariolato est extrêmement convaincant quand il délimite, à l’intérieur des textes de Kant même, les moments où se circonscrit peu à peu, imparfaitement, comme à tâtons, la différence fondamentale entre objet et chose, et ce que l’on peut penser de l’origine (ou de l’absence d’origine assignable) respectivement de l’objet et de la chose. C’est ici, en ce travail de distinction, que l’essai de Cariolato est bel et bien une lecture, c’est-à-dire, également, un moment d’évaluation de la réussite de l’œuvre. La question posée par toute authentique lecture est : la lettre est-elle à la hauteur de l’esprit ? L’écrivain fut-il à la hauteur de ce qu’il y avait à penser ? L’expression est-elle à la hauteur du système qu’elle est censée exprimer le plus adéquatement possible ? A ce jeu-là, Cariolato s’emploie à identifier précisément les moments où Kant, dans un flottement parfois déconcertant, écrit « Ding » là où le sens de son propos appellerait logiquement « Gegenstand » ; sont également mis en lumière les ambiguïtés de rédaction autour du mot « Setzung », cette fameuse « position », ambiguïtés qui sont la source chez Heidegger d’un forçage, voire d’un contresens, de ce que pense Kant : « Dans ce passage [Reflexionen zur Metaphysik, n° 6338 a, Ak. XVIII, p. 659, où Kant parle d’une « position répétée », « wiederholte Setzung »], Setzung est le terme propre à la représentation, c’est-à-dire à la constitution de l’objet, au donner forme qui appartient aux structures a priori de l’entendement ; or la Setzung au sens ontologique est la chose en tant qu’existant que l’entendement ne peut ni poser ni dominer. Kant utilise le même terme dans des contextes absolument différents, créant ainsi la possibilité de malentendus [7]. ». Cariolato ajoute alors en note de bas de page : « Nous verrons par la suite que même Heidegger finira par confondre Position et Setzung, les entendant comme les expressions propres de la pensée représentative. » Ces quelques exemples (on pourrait ajouter l’explication serrée de la traduction de l’ « Erörterung » de Heidegger dans La thèse de Kant sur l’être par « localisation », p. 244-245, n. 3) révèlent le lecteur de Kant dans l’acte même de la lecture : décisions philologiques, choix interprétatifs se déterminent et se nourrissent réciproquement, ce qui, à notre sens, constitue l’une des indéniables forces argumentatives de cet essai. L’écriture alterne harmonieusement entre séquences de recherche doxographique, et déploiement d’une pensée et d’une démonstration globales sur Kant.

Venons-en alors précisément à ce que rendent possible ces choix et décisions interprétatifs : au fond, tout l’essai de Cariolato vise à invalider la lecture de la thèse de l’être kantienne proposée par Heidegger. Heidegger « écrase » en quelque sorte la différence qu’il s’agit pourtant de maintenir chez Kant entre position de la chose (le fait pur de l’existence) et position de l’objet (la construction par la subjectivité transcendantale d’un jeu serré et rigoureux de représentations à même de constituer un objet parfaitement connaissable). Chez Kant, il n’y a pas à proprement parler d’expérience de la chose, en soi insaisissable, inconnaissable, mais seulement expérience d’un objet construit. C’est au fond la distinction qu’il s’agit de méditer entre phénomène et noumène, entre représentation et irreprésentable, distinction que l’on peut décliner à volonté : nécessité et liberté, existence effective et essence (ou possibilité)... Cariolato approfondit cette distinction en reprécisant, dès lors, la distinction kantienne entre réalité (caractère de l’objet tel qu’appréhendé par la subjectivité, présence d’un être mais toujours déjà prise dans l’activité synthétique de l’entendement, donc d’abord relation à l’idée, et aux structures a priori de la subjectivité transcendantale), et la présence effective, l’existence effective. En allemand, c’est l’opposition dressée entre Realität (la res prise dans un rapport à l’idée), et la Wirklichkeit (le fait d’être en effet là, indéterminé, comme une pure présence : l’existence nue, en somme).

E : la « double déclinaison de la Setzung »

Cette distinction implique que penser la provenance de la chose et celle de l’objet, impose, si l’on veut garder le vocabulaire du thétique, de la « position », de penser, selon l’heureuse expression de Cariolato, une « double déclinaison de la position » (titre du § 27) : « Selon nous, dans l’œuvre de Kant se révèle clairement une double déclinaison de la Setzung : d’une part, il y a toute la question de l’être qui frappe Kant comme une évidence jointe à l’étonnement (la simple position, précisément, de l’exister à propos de quoi on ne peut – en toute rigueur – rien dire), et d’autre part, devant cette vérité qui laisse l’être sans protection ni cause, l’entendement s’assure la possibilité de connaître en posant lui-même les conditions qui permettront à quelque chose comme l’objet de se donner [8]. » Deux positions, donc : l’une ontologique, qui fait être la chose même, position d’un impensable et d’un indéterminé, et l’autre « ontique », qui constitue ou construit l’objet de la représentation, le phénomène, position d’un pensable, et même d’un connaissable, et d’un déterminé. Position sans rien ni personne qui pose, d’un côté, position opérée par le sujet transcendantal de l’autre côté.

Le lecteur, revenant alors au forçage heideggérien précédemment évoqué, ne manque pas de s’interroger : est-il vrai que Kant, malgré la proposition qu’il fait dans son œuvre, d’une « thèse sur l’être », s’insère dans la « métaphysique » comprise comme oubli de l’être, et comme écrasement indu ou forcé de l’être sur l’étant, ou sur un étant suprême ? Ne faut-il pas plutôt, grâce à la lecture de Cariolato, affirmer que ce que Heidegger reproche à Kant n’est rien d’autre que le forçage, ou le contresens, que Heidegger opère lui-même sur les textes de Kant ? Le fait d’être, d’exister, défini comme « position absolue » sur laquelle Kant ne peut plus rien dire, quoi qu’on pense par ailleurs du caractère déceptif d’une telle définition où l’ontologie marque un coup d’arrêt, ne témoigne pas ici d’un oubli de l’être, de son dynamisme ou de sa « verbalité », ni d’une reconduction de la question de l’être à une enquête sur l’étant, puisque précisément Kant distingue les deux positions de la chose et de l’objet, l’existence et l’essence, le pur survenir et la construction d’une représentation rigoureuse des étants. Ainsi l’essai de Cariolato n’est-il pas seulement une réflexion sur le kantisme : il s’insère de manière résolue dans un travail de réévaluation critique de la grande thèse heideggérienne portant sur la métaphysique occidentale. Il révèle alors explicitement une fragilité de l’interprétation heideggérienne des rares indications sur l’être que comporte l’œuvre de Kant. Que l’être n’ait pas été la question explicite de Kant, ni le cœur e son système – lequel porte bien plutôt sur la possibilité de connaître l’étant par une subjectivité qui se sait pourtant essentiellement finie – n’implique pas pour autant qu’il ait méconnu la différence grammaticale et philosophique entre être et étant. C’est au fond ce que, dès le beau titre de son essai, Alfonso Cariolato a su inviter le lecteur à comprendre.

Conclusion

L’essai ici commenté se lit ainsi avec plaisir et intérêt. Son moteur et sa méthode résident en un examen transversal des moments-clés de la théorie kantienne de la connaissance, lequel révèle bel et bien la nature même de la pensée kantienne : une pensée finie qui s’affronte à son dehors ; un a priori conceptuel qui ne peut se passer d’un a priori non conceptuel [9] ; une pensée en mouvement, obligée de se mouvoir vers ce qu’elle ne peut comprendre (embrasser et élucider), vers l’existence même des choses. C’est sa finitude qui la condamne à être essentiellement un désir, une quête, un élan vers la chose, et à n’être que cela, à n’être que cette insatisfaction ou cette promesse sans cesse renouvelées.

Il est extrêmement plaisant, donc, de pouvoir, sans être spécialiste de Kant, mais un simple lecteur, mieux comprendre l’auteur étudié en saisissant ce que pour lui signifie, tout simplement, « penser ». Soulignons enfin qu’à ce plaisir s’ajoute celui de constater un travail d’édition soigné, une maquette sobre et élégante, et un rapport qualité/prix laissant entendre que la philosophie de haut niveau n’a pas tout à fait abandonné l’idée de rencontrer un public.

Notes

[1Alfonso Cariolato, L’existence nue, La transparence, Chatou, 2009

[2L’existence nue, Alfonso Cariolato, La Transparence, Chatou, 2009, p. 197 : « (…) ce qui se révèle premier et absolument nécessaire n’est que l’existence comme pur daβ (...) ».

[3Voir en particulier la page 200, où l’on trouvera une multitude de bonheurs d’expression autour du thème du désir et de la séduction : « [Kant] exprime en termes clairs un désir, celui d’une pensée qui pense en laissant être la chose » ; « la chose (…) provoque ainsi la pensée ; elle l’appelle littéralement au-dehors, la fait naître vers un rien de sens donné, à savoir la surprise pure de l’exister » ; « pensée et chose ne sont que dans le fait de se renvoyer et de se manquer réciproquement » ; « L’être comme simple position est alors le mystère de l’existence de la chose elle-même, un mystère qui n’est rien d’autre que l’être-là de la chose ; Kant l’énonce mais il n’a pas l’intention de le pénétrer. »

[4Renvoyons pour cela le lecteur pressé à la conclusion de l’essai, qui embrasse synthétiquement toute la démarche du livre, en rappelant les acquis successifs de chacun des chapitres.

[5Un paragraphe du livre aborde frontalement le statut de l’événement chez Kant : le paragraphe 46, intitulé : « événement pour le sujet et événement de la chose ». Cariolato rappelle, dans le sillage de Deleuze, que la philosophie kantienne n’est pas une philosophie de l’événement, et que l’événement n’y est au contraire pensable que phénoménal, comme inséré dans un faisceau de représentations, ce qui laisse hors de la philosophie transcendantale kantienne la question du statut d’être de la chose : survient-elle comme un événement ? Comme quelque chose d’impossible parce que dénué de toute insertion dans la causalité ? Ce que l’on ne peut que constater, le « bloβ » ou le « daβ », en quoi peut-on le décrire comme un « événement » ? Cette événementialité, si jamais elle est bien la manière dont il faut décrire la Setzung ontologique, aurait mérité un examen plus serré.

[6Selon l’heureuse expression de Jean-Luc Nancy, dans sa préface, p. 11 : « C’est [A. Cariolato] qui dégage la voie d’un accès direct, si on peut dire, à ce simple constat que la thèse de Kant sur l’être (la thèse de la thèse, pourrait-on dire : l’affirmation de la position) n’est pas autre chose, comme il le dit, que « l’expression d’une impossibilité ». »

[7Ibid., p. 139.

[8Ibid., p. 126.

[9Voir la page 194, sur ce point : « Les principes de l’entendement pur avaient montré que c’ est l’a priori qui garantit la connaissance. Pourtant, Kant lui-même avait affirmé qu’avant toute pensée et comme présupposé de toute possibilité, il doit nécessairement y avoir un existant inconditionné. (…) Mais alors, et aussi paradoxale que cette expression puisse paraître, il doit y avoir un a priori non conceptuel, un a priori précédant la pensée et que toute possibilité logique doit présupposer. »

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