ISSN 2269-5141

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Timothée Coyras : Le bac philo dont vous êtes le héros.

Réviser en s’amusant

mercredi 18 avril 2012, par Timothée Coyras

En janvier 2010, on m’a proposé un projet : écrire une histoire de la philosophie sur le mode d’un livre dont vous êtes le héros. L’idée m’a plu immédiatement, ayant lu ce genre de livres étant adolescent. A l’origine de ce projet se trouve Cédric Grimoult, professeur d’histoire spécialisé en histoire des sciences. Ayant déjà publié deux ouvrages de ce style, un sur les théories de l’évolution et un autre sur la révolution française, les éditions Ellipses ont souhaité réaliser avec lui quelque chose de plus conséquent, avec un ouvrage par discipline, dans une collection portant pour titre : la culture dont vous êtes le héros. C’est donc dans l’esprit d’un livre dédié au grand public, désireux de découvrir la philosophie d’une manière originale, que j’ai effectué ce travail, sous la direction de Cédric Grimoult. En définitive, l’éditeur a jugé que l’ouvrage trouverait une place meilleure en étant adressé plus directement aux élèves des classes terminale, d’où le titre finalement retenu : le bac philo dont vous êtes le héros [1].

Genèse subjective de l’ouvrage

Le principe de l’ouvrage est assez simple : il s’agit d’un jeu, où les choix du lecteur déterminent l’aventure, sa direction, sa réussite ou son échec. Le livre est donc découpé en paragraphes numérotés (celui-ci en comporte 323). Chaque paragraphe renvoie à plusieurs autres paragraphes, et le but est de parvenir au terme de l’aventure, sans échec, en récoltant des gains, symbolisés ici par des points de capital intuitif, logique, ainsi que des objets offerts par les philosophes. Ces points et ces objets, que l’on peut gagner ou perdre suivant les choix que l’on opère ou les réponses que l’on donne, déterminent à la fin de l’ouvrage un certain profil philosophique et, plus exactement, évaluent la manière dont l’aventure a été menée.

La genèse d’un tel projet s’est accompagnée de véritables difficultés, tant pour commencer celui-ci que pour déterminer une ligne directrice. Il fallait en effet construire une aventure cohérente, où se trouverait condensée l’histoire de la philosophie qui, avec toute la diversité du savoir qui s’y déploie, offre une prise peu commode pour ce genre d’exercice dans la mesure où il ne s’agit pas tant d’un progrès des connaissances (comme dans les sciences expérimentales et surtout les mathématiques) que de manières différentes – et parfois opposées – de répondre à un certain nombre de problèmes fondamentaux.

J’ai donc, plutôt qu’un ordre historique, choisi un ordre des problèmes philosophiques, suivant en cela ce que l’on pratique en classes de terminale. Mais puisque les problèmes ont aussi leur histoire, et que les grands philosophes assimilent la tradition, j’ai également intégré l’ordre historique lorsque cela était pertinent.

L’intrigue

Il m’a semblé utile de commencer par la question de la vérité. Il s’agissait de montrer que la philosophie se confronte tout de suite à la question de sa propre possibilité. Est-il possible d’atteindre une vérité sur les choses, ou devons-nous penser que tout est objet de doute, que la relativité des opinions empêche toute connaissance ? Certains choix, poussés jusqu’à leur terme, s’avèrent des échecs, c’est-à-dire que certaines positions – sans qu’il ne soit interdit de les tenir ! – empêchent à tout le moins l’aventure de se poursuivre.

Après un parcours au sein de ce problème de la vérité, qui conduit le lecteur à rencontrer Pyrrhon, Platon, ou encore Descartes, j’en viens ensuite à la logique. C’est un moment de l’aventure où le lecteur est amené à réfléchir sur l’argumentation, en voyant ce qui la fonde, et en devant distinguer les sophismes des raisonnements valides. C’est également un moment où le lecteur est amené à situer la philosophie relativement aux autres sciences.

Une fois que la philosophie est située dans sa possibilité et son horizon, j’en viens à l’ontologie. Qu’est-ce que la nature, ou encore le monde ? Le monde vient-il du hasard ? Y-a-t-il un Dieu ? L’aventurier philosophe pourra ainsi se retrouver questionné par Zénon, visiter le Jardin d’Epicure, suivre Kant dans sa promenade quotidienne, ou encore assister à une conférence de Bergson au Collège de France.

L’aventure se poursuit avec un questionnement sur l’homme. Comment faut-il penser sa spécificité par rapport à l’animal ? Sa conscience doit-elle être étudiée par les neurosciences, la psychanalyse, la phénoménologie ? Faut-il le penser intemporellement ou historiquement ? Le lecteur pourra ainsi – entre autre – rencontrer des éthologues, assister à un débat entre Ricoeur et Changeux, ou encore choisir de suivre le cours de Hegel ou de Schopenhauer.

Vient ensuite le moment de la philosophie morale et politique. C’est d’abord un parcours politique qui est proposé. Comment organiser la cité ? Faut-il suivre un homme éclairé, la volonté générale, ou encore abolir l’Etat ? Attention en allant chez Marx, il se peut que l’on vous pose quelques questions avant d’avoir le droit d’assister à une réunion de jeunes communistes…

Quant à la philosophie morale, elle pose les questions fondamentales de la liberté, du critère de la moralité, et du bonheur. Trouvant un portefeuille par terre, vous serez ainsi confronté à un véritable cas de conscience, avant de suivre peut-être, chez Epictète, le moyen de se maintenir dans la joie malgré les évènements extérieurs.

Je propose également un glossaire et quelques fiches complémentaires à la fin de l’ouvrage. Rien d’exhaustif, mais qui peut servir de repère pour mieux suivre l’aventure et l’apprentissage de la philosophie de manière générale.

Conclusion. Intérêt et limites

Il me semble que l’avantage de cet ouvrage est d’impliquer plus fortement un élève dans la réflexion, tout en fournissant un nombre non négligeable de connaissances académiques et objectives. Tout est fait pour privilégier la clarté et la concision, ce qui ne dispense naturellement pas d’une lecture patiente des grands auteurs ni du suivi des cours. Par ailleurs, ce livre ne pouvait être exhaustif et comprend quelques inévitables manques que le lecteur comblera par lui-même.

La forme même, qui impose quelque chose de cohérent et de didactique, revient parfois à catégoriser des philosophies qui mériteraient des analyses plus souples. En outre, il y a des philosophies absentes. Je n’ai, par exemple, pas développé la philosophie analytique – bien qu’une fiche lui soit consacrée à la fin. Certaines questions sont peu approfondies par rapport à d’autres. Les thèmes d’autrui et du désir, très classiques en terminale, apparaissent très peu par rapport à d’autres thèmes pourtant moins canoniques dans ces séries, comme celui de la matière et de l’esprit. Qu’on ne se trompe donc point, on n’aura pas son bac en « s’amusant », mais bien en produisant l’indispensable effort de réflexion, de lecture, d’écriture, et de dialogue, pour lequel un tel ouvrage – je l’espère ! – pourra sans doute donner un surcroît d’appétit.

Notes

[1Timothée Coyras, Le bac philo dont vous êtes le héros, Ellipses, 2012

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