ISSN 2269-5141

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Hervé Pasqua : La reconstruction du christianisme

Newman et l’unité de l’agir

vendredi 29 juin 2012, par Isabelle Raviolo

Saluons le livre d’Hervé Pasqua [1] qui, avec une remarquable audace et une grande force argumentative, interroge l’homme d’aujourd’hui et le met face à ses responsabilités, à l’exigence de sa dignité humaine. Aussi l’unité est-elle au cœur de ce débat qui prend appui sur la philosophie de Newman : unité de l’homme à Dieu, de l’homme à lui-même et de l’homme à autrui, le principe même de cette unité étant l’être et non l’avoir ou l’agir. De cette certitude d’être découle l’exigence morale et religieuse.

A : L’unité malgré la déchirure

Mais comment réaliser cette unité, l’accomplir effectivement dans notre vie alors que tout nous écartèle, nous disperse, nous rend extérieur à nous-mêmes ? Activisme, angoisse, désespoir, blessures insurmontées… autant de souffrances qui nous séparent de Dieu, de nous-mêmes, des autres, et nous enferment dans la violence et le ressentiment. Or ce livre nous propose d’envisager une cette « porte étroite » qu’est le Christ (Matthieu VII), et qui nous entraîne à sa suite, à devenir « enfants de Dieu » pour la plus grande gloire de Notre Père, c’est-à-dire à laisser agir sa grâce en nous. C’est toujours Dieu qui élève et attire à Lui « en sanctifiant les réalités terrestres au lieu de les supprimer jalousement ». La grâce ne détruit pas la nature, mais la transfigure : elle accomplit l’humanité de l’homme en la fondant sur son origine divine, et donc en l’élevant à sa divinité par grâce. Au principe de l’union est donc la sanctification, une sanctification « transitive et active » nous dit Hervé Pasqua, qui sanctifie tout ce qu’elle touche en l’élevant à l’ordre surnaturel.

B : La question de la grâce

Or parce que cette union se réalise entre la créature et son Créateur, elle n’a pas le sens plotinien d’une fusion anonyme entre l’âme et l’Un divinisé. Or cette fusion, nous explique très justement Hervé Pasqua, ne peut être que confusion pour une philosophie émanationniste. En revanche, pour une philosophie de l’être créé doté d’une conscience, elle est un dialogue intime de l’âme avec Dieu : « Tu es présent en moi, confie Newman, (…) non seulement par ta grâce, mais par ton éternelle substance, comme si j’étais, d’une certaine manière, et sans rien perdre de mon individualité, absorbé en Dieu, dès ici bas. » (Méditations sur la doctrine chrétienne). Si l’union n’exclut pas la relation, c’est que celle-ci se fonde sur la substance. « La vie trinitaire est une, nous dit Hervé Pasqua, parce qu’elle est relation de la substance divine avec elle-même, relation substantielle qui est la vie intime du Dieu trine. » Le sens de la création de l’homme, sa finalité même, réside dans cette unité avec Dieu.

Ainsi les Conférences sur la doctrine de la justification montrent que la nature et la grâce s’unissent sans se confondre. La nature a besoin de la grâce pour se dépasser et la grâce présuppose la nature pour la parfaire. Partant, le chrétien est, selon Newman, cet homme qui oser faire confiance à Dieu, s’abandonner à sa grâce, sans rien retenir à lui, sans peur, sans défiance, sans orgueil : le chrétien a ainsi l’intime conviction que le salut de la nature humaine ne vient pas de son dépassement par la technique, mais de la grâce même de Jésus-Christ, qui seule permet à l’homme d’atteindre le but par lequel il a été créé : « le bonheur qu’il ne peut trouver qu’en Dieu et dont il peut, dès ici bas, avoir un avant-goût. »

Dans ce livre, Hervé Pasqua montre que si Newman distingue c’est pour unir : l’union n’oppose pas la raison et la foi, elle ne confond pas la nature et la grâce ; de même elle ne sépare pas le réel de l’idée. Le monde spirituel peut ainsi être atteint au cœur de la vie concrète. Dans ce livre, Newman apparaît comme une figure remarquablement moderne : par toute sa vie, par toute son œuvre, il a su exhorter l’homme à appréhender sa vie temporelle à partir de l’éternité, à partir de sa relation intime à Dieu. Aussi Newman a-t-il pu tenir ensemble sans les opposer dialectiquement, le devenir et l’être qui demeure.

Notes

[1Hervé Pasqua, La reconstruction du christianisme. Newman et l’unité de l’agir, Ad Solem, 2012

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