ISSN 2269-5141

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Coup de coeur pour Jean-Louis Pellé, bouquiniste

samedi 7 juillet 2012, par Thibaut Gress

Alors qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des librairies vendant de vieux livres de philosophie, classiques mais épuisés, ainsi qu’en témoigne aujourd’hui la fin du rayon philosophique chez Henri Vignes dont j’avais ici rendu compte de l’excellence de la diffusion, il convient de saluer les quelques libraires qui font de la résistance et continuent à proposer, à des prix raisonnables, des ouvrages anciens, des années 1950, désormais totalement introuvables quoique de grande qualité.

Puisqu’arrivent l’été et les beaux jours, c’est à un libraire à ciel ouvert que je souhaiterais rendre ici hommage ou, plus précisément, à un bouquiniste du 6ème arrondissement. J’avais ici même salué l’importance du bouquiniste Mathias, ancien étudiant de Lebrun, proposant un impressionnant stock d’éditions originales ou épuisées. C’est donc à un de ses voisins que rend hommage le présent article, à Jean-Louis Pellé pour être précis, situé face 7, quai Malaquais. S’il ne vend pas que de la philosophie, ce que l’on y peut trouver en ce domaine s’avère fort impressionnant : ainsi ai-je trouvé pour une somme tout à fait modique le célèbre Schelling d’Emile Bréhier, ouvrage de 1912 [1], vendu dans un état presque neuf quoique nimbé de cette délicieuse odeur que seuls dispensent encore les livres de bibliothèque. Livre critique, ce Schelling interroge les raisons qui firent de la Naturphilosophie le nom d’un échec ; « on pense, écrit Bréhier, que l’infécondité proverbiale de la Naturphilosophie vient de ce qu’elle se borne sciemment et volontairement à la pure spéculation. Mais cette opinion préjuge la solution de la question des rapports de la spéculation à la pratique dans un sens qui n’est pas celui de Schelling ; comment pourrait-il autrement ne pas cesser d’affirmer de sa vie durant que la philosophie contient la solution de toutes les questions pratiques, que sa physique s’accorde finalement avec l’expérience en lui servant de guide, que sa philosophie de religion aboutit à une réforme morale et religieuse ? » [2]

Autre rareté achetée là-bas, un petit ouvrage moins connu que le précédent mais fort instructif malgré tout, écrit par Pierre Garin et consacré aux rapports de Descartes et Thomas [3]. Un des points très intéressants de cet ouvrage de 1932 consiste – entre autres – à rapprocher Descartes et Suarez bien avant Heidegger, et ce d’une manière inhabituellement nuancée. Sans rejoindre les analyses de Jean-Luc Marion sur l’analogie [4], l’auteur entrevoit bien des rapprochements entre possible, tant sur la question de l’innéisme que sur le rôle de la mathématique. « Suarez, note Garin, ne serait pas éloigné de reconnaître aux principes premiers une origine a priori. » [5], ce qui constitue l’occasion de proposer une « brèche » [6] par laquelle s’engouffrera Descartes.

Il me suffit d’ajouter que ces deux ouvrages réunis m’ont coûté la somme de 20 euros pour indiquer combien raisonnables sont les prix pratiqués par ce bouquiniste, qu’actu-philosophia ne peut donc que vous inviter à découvrir et visiter.


Le bouquiniste par Cailloudanslachaussure

Notes

[1Emile Bréhier, Schelling, Alcan, 1912

[2Ibid., p. 297

[3Pierre Garin, Thèses cartésiennes et thèses thomistes, Desclée de Brouwer, 1932

[4cf. Jean-Luc Marion, Sur la théologie blanche de Descartes, passim, PUF, coll. Quadrige, 2009

[5Ibid, p. 167

[6Ibid

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