ISSN 2269-5141

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Richard Goulet (dir.) : Dictionnaire des Philosophes antiques

V a et b

dimanche 11 novembre 2012, par Haud Guéguen

Richard Goulet est directeur de Recherche au CNRS. Né à Montréal en 1943, il a toujours entretenu avec la France un rapport de proximité, tant par ses activités scientifiques que par ses études doctorales menées à Paris I.
Les propos ont été recueillis par Haud Guéguen.

Actu Philosophia : Avant d’aborder le Dictionnaire des Philosophes Antiques [1], pourriez-vous nous dire en quelques mots quel a été votre parcours et quels sont vos champs de recherches ?

Richard Goulet : Je suis venu étudier en France en 1969 pour préparer une thèse avec Pierre Hadot dont j’avais lu avec admiration le Plotin ou la simplicité du regard à Montréal durant mes études ; j’ai soutenu un Doctorat de 3e cycle sous sa direction en 1974, puis j’ai été recruté comme chercheur au CNRS en 1976. J’y ai fait toute ma carrière et je suis maintenant à la retraite.

En plus de quarante ans, j’ai eu le temps de toucher à un certain nombre de domaines. J’ai une petite préférence pour l’édition, la traduction et le commentaire de textes anciens importants et parfois peu connus : le Monogénès de Macarios de Magnésie, le traité de cosmologie de Cléomède (“Théorie élémentaire”), les Vies et doctrines des philosophes illustres de Diogène Laërce (livres I et VII), les Vies de philosophes et de sophistes d’Eunape de Sardes, et, dans le cadre du travail collectif des membres de mon équipe de recherche au CNRS, la Vie de Plotin par Porphyre et les Sentences du même philosophe. Mon doctorat d’Etat, dirigé également par Pierre Hadot et soutenu en 1987, portait sur Philon d’Alexandrie ou plus exactement sur les vestiges d’un commentaire allégorique du Pentateuque, de caractère résolument philosophique, connu, attesté, utilisé et corrigé par Philon. J’ai travaillé également sur des sujets comme les Vies de philosophes (Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes) et la prosopographie des philosophes, la logique et la physique stoïciennes, le conflit idéologique entre hellénisme et christianisme, les aspects matériels et institutionnels des écoles philosophiques au Bas-Empire ou encore la conservation et la transmission des textes philosophiques grecs.

De façon moins classique, j’ai également touché à l’informatique : après avoir dessiné plusieurs polices de caractères (grec, hébreu, copte), à une époque, vers 1985, où il n’y en avait pratiquement pas sur le marché, j’ai créé un programme (Lexis) pour l’indexation et la lexicalisation des textes grecs et latins qui m’a été très utile dans mes recherches et qui a également été utilisé par d’autres chercheurs ; je l’ai complété ces dernières années par un module facilitant la collation des leçons des manuscrits et la gestion, dans le cadre d’une base de données, des différentes composantes d’une édition critique (texte, apparat critique, apparat des sources, marginalia, testimonia, etc.). J’ai également créé le programme informatique utilisé par les différentes rédactions de l’Année philologique – une bibliographie internationale des études classiques qui paraît annuellement depuis les années 20 – pour la saisie et la gestion des données, la production du livre imprimé annuel et l’exportation des données vers la banque de données accessible sur Internet. J’insiste sur cet investissement personnel dans l’apprentissage des langages informatiques, parce que je suis convaincu que l’informatique – je ne parle pas de l’utilisation des traitements de texte ou d’autres outils maintenant bien assimilés – est un instrument indispensable au renouveau de nos études en sciences humaines. Je regrette malheureusement de n’avoir pas fait beaucoup d’émules ces trente dernières années.

AP : Les deux volumes du Dictionnaire des Philosophes Antiques parus en 2012 s’inscrivent dans un projet que vous avez initié et dont le premier tome remonte à 1989. Il s’agit donc d’un travail sur le long terme, dont le rythme est à mettre en relation avec le souci d’exhaustivité (en termes de personnages, de sources, de liste d’ouvrages, etc.) que manifeste chacun des tomes parus, et qui est d’ailleurs ce qui confère à ce dictionnaire son caractère colossal. Pourriez-vous nous rappeler le projet global dans lequel s’inscrit cette entreprise ?

RG : J’ai lancé ce projet en 1981. L’idée m’en est venue après avoir constaté que l’historien de la philosophie était comme un chimiste sans table des éléments ou comme un géographe sans atlas. Je travaillais sur une étude consacrée au concept de sympathie cosmique dans la philosophie antique. Je devais donc en principe lire tous les textes grecs et latins conservés susceptibles de me fournir des développements sur cette question. Il n’y avait pas encore à l’époque, vers 1976-1978, un instrument comme le Thesaurus Linguae Graecae de l’Université de Californie à Irvine, ou son équivalent latin (la Library of Latin Texts), qui peuvent en quelques secondes vous fournir toutes les occurrences d’un terme ou d’une expression dans la littérature antique. En fait, il n’y avait même pas de liste pouvant orienter un étudiant dans ce corpus mal défini de la littérature philosophique conservée ou au moins attestée par des fragments ou des témoignages. C’est à la création d’un tel outil que j’ai donc voulu m’attaquer. En plus, je souhaitais resituer ces textes – qui ne représentent qu’une infime partie de la littérature philosophique de l’antiquité – dans l’ensemble de l’histoire de la philosophie antique en tentant d’identifier toutes les personnalités connues comme des philosophes. Dans les histoires de la philosophie les plus riches on en trouvait quelques centaines, 600 dans une publication italienne ambitieuse. J’envisageais donc de publier un seul volume pour traiter un tel corpus et j’ai commencé par mettre à contribution de nombreux chercheurs et universitaires, français et étrangers, pour qu’ils rédigent des notices sur ces philosophes. C’est ce qu’ils ont commencé à faire rapidement et j’avais au milieu des années ’80 des notices qui allaient jusqu’aux dernières lettres de l’alphabet. Entre temps, nous avions commencé à dépouiller les sources philosophiques, littéraires, historiques, épigraphiques, papyrologiques… et la liste initiale de noms à traiter ne cessait de croître jusqu’à atteindre près de 3000 noms. Il a donc fallu se résoudre à avancer dans l’alphabet lettre par lettre, en essayant de ne pas oublier trop de noms, et en 1989 nous avons pu publier un premier tome qui comprenait plus de 500 noms de philosophes dont le nom commençait par A.

AP : Le premier tome, paru en 1989, était accompagné d’une Préface de Pierre Hadot qui, dans ce très beau texte, soulignait l’ « importance capitale des listes d’ouvrages », importance qu’il expliquait par le fait que nous ne connaissons qu’une petite partie des textes de la philosophie antique et que le recensement systématique des listes d’ouvrages constitue dès lors le seul mode d’accès à cette production perdue, en ce qu’elles permettent une histoire de la philosophie définie comme « histoire des problèmes ». Pourriez-vous nous éclairer sur cette fonction des listes d’ouvrages ?

RG : Dans la notice consacrée à Chrysippe, Pierre Hadot a justement donné un commentaire très érudit de la liste des œuvres de ce philosophe stoïcien conservée partiellement par Diogène Laërce. A certains titres on peut rattacher des fragments chez des auteurs plus récents. On peut à tout le moins se faire une idée, grâce aux titres ainsi répertoriés, d’un nombre considérable de thèmes (l’exil, la flatterie, la royauté, etc.), de concepts, de formats (commentaires, protreptiques, manuels, lexiques, etc.), qui élargissent notre connaissance du domaine de réflexion des différentes écoles philosophiques dans l’antiquité et de leurs méthodes de travail. Chaque tome du DPhA contient d’ailleurs un index de tous les mots-vedettes (grecs, latins ou français) qui apparaissent dans les titres d’ouvrages philosophiques attestés. Il faut savoir qu’à côté des dialogues de Platon ou des traités d’Aristote que l’on étudie à l’Université, il y a quelques centaines d’œuvres conservées beaucoup moins étudiées. Pour le grec, j’ai estimé que le corpus des œuvres philosophiques conservées correspondait à environ 30 000 grandes pages du format de l’édition des Commentateurs grecs d’Aristote. Mais les sources antiques prêtent à Chrysippe 705 livres, à Épicure 300 rouleaux, à l’un de ses disciples à peine connu 400 livres… De toute cette production, le taux de conservation en tradition directe – c’est-à-dire si l’on ne tient pas compte des citations chez des auteurs plus récents ou des textes miraculeusement préservés sur des papyri – avoisine 0%. Ce qui est intéressant est de comprendre ce qui a été conservé, ce qui a disparu, et surtout pour quelle raison et dans quels milieux on a jugé bon de transcrire ces textes et ainsi de les transmettre aux siècles postérieurs. A nouveau des statistiques sont possibles et les conclusions sont stupéfiantes : à peu près toute la littérature philosophique a disparu (celle des Présocratiques, des Socratiques, des Épicuriens, des Stoïciens, etc.), sauf un ensemble de textes qui étaient encore lus, copiés et étudiés dans le milieu de l’école (néo-)platonicienne de la fin de l’antiquité, la seule qui ait survécu, après avoir intégré d’ailleurs une grande partie de l’enseignement d’Aristote : c’est-à-dire les ouvrages de Platon et Aristote, de leurs disciples et de leurs commentateurs. Cet ensemble correspond à environ 95% du corpus de textes philosophiques grecs conservés. Tous ces ouvrages ne représentent qu’une infirme partie de la littérature philosophique attestée par des témoignages antiques, pour ne rien dire d’une production sans doute encore plus considérable disparue sans laisser de trace. C’est toute cette littérature disparue que les notices du DPhA essaient de répertorier et les listes bibliographiques transmises par les sources antiques ont dans cette perspective une importance considérable.

AP : De façon plus générale, pourriez-vous nous dire quel a été le rôle de Pierre Hadot dans l’élaboration de ce Dictionnaire ?

RG : J’aurais davantage de peine à préciser le rôle joué par Pierre Hadot dans la conception de cette entreprise. Comme directeur d’études on pouvait difficilement trouver un maître plus respectueux des orientations personnelles de ses élèves. Pendant la vingtaine d’années où il a dirigé la préparation de mes thèses, en dehors de ses cours à la Ve section de l’ÉPHÉ, je ne le rencontrais qu’une ou deux fois par année, mais cela me suffisait pour comprendre dans quelle direction il me fallait orienter mon travail. Dans son séminaire, nous avons étudié beaucoup de textes (Augustin, Plotin, Épicure, Marc-Aurèle) et abordé des problèmes qui ont certainement inspiré mon projet : le statut des écoles philosophiques à l’époque hellénistique, la philosophie comme mode de vie, les exercices spirituels, les titres d’ouvrages de Chrysippe relatifs à la logique, les rapports entre dialectique et rhétorique, etc. Lorsque j’ai envisagé de lancer le projet d’un Dictionnaire des philosophes antiques, Pierre Hadot a soutenu activement mes démarches et accepté d’y collaborer, comme ce fut le cas de nombreux autres collègues, enseignants ou chercheurs, notamment Jean Pépin qui dirigeait l’équipe de recherche CNRS à laquelle j’appartenais.

AP : Le Dictionnaire se présente comme un répertoire des philosophes anciens, des Présocratiques aux derniers néoplatoniciens du VIe siècle de notre ère, dans lequel chaque notice présente l’ensemble des données dont l’on dispose sur un philosophe. Par-delà leur diversité, ces notices obéissent à une structure commune : la vie, les œuvres, parfois la doctrine et parfois, enfin, l’iconographie et la tradition arabe. Pouvez-vous nous expliquer le choix de cette structure ainsi que l’importance accordée à l’iconographie, dont les commentateurs contemporains font finalement un usage assez rare dans l’analyse des philosophes anciens ?

RG : Toutes les entrées ne peuvent pas offrir une information aussi riche, car souvent on ne sait pas grand chose de tel philosophe mentionné sur une inscription retrouvée au fond d’une province de l’Empire romain. Le structure des notices peut donc varier. Elle correspond globalement à trois genres littéraires qui ont produit des ouvrages de référence remarquables dès le XVIIe et XVIIIe siècle. Le DPhA est d’abord ce qu’on appelle une Prosopographie, regroupant toutes les informations relatives à la personne du philosophe : sa datation, son lieu d’origine, le nom de ses parents, ses maîtres et les lieux de sa formation, ses disciples et les lieux de son activité, les honneurs qui ont pu lui être décernés, etc. C’est deuxièmement, une Bibliotheca, conçue sur le modèle de celle de Fabricius, qui répertorie tous les ouvrages, conservés ou attestés, en fournissant les références des sources anciennes qui nous les font connaître. Troisièmement, c’est une Clavis, comme il en existe pour les Pères de l’Eglise, c’est-à-dire une bibliographie, sélective et parfois critique, de toutes les éditions, traductions, commentaires, lexiques, bibliographies, monographies, études érudites, utiles pour une recherche de première main sur ces philosophes et ces textes.

Insérer la reproduction du buste sculpté d’un philosophe dans le DPhA ne vise pas qu’à illustrer les notices et à les rendre plus attrayantes. Nous ne retenons en réalité qu’un certain nombre de portraits qui ont des chances de reproduire les traits réels de ces philosophes, ce qui n’est pas le cas pour les figures les plus anciennes comme Pythagore. Ces œuvres d’art qui tentent de mettre en valeur des traits caractéristiques du philosophe, parfois liés à leur orientation intellectuelle, posent souvent des problèmes très techniques d’identification et doivent être traités par des spécialistes.

AP : Pouvez-vous par ailleurs éclairer le lecteur sur le sens et l’importance de la tradition arabe en termes historiques et exégétiques, puisqu’il s’agit d’une tradition qui demeure somme toute assez peu connue ?

RG : L’intérêt de la survie des textes philosophiques dans la tradition orientale (syriaque, arabe, arménienne, géorgienne, hébraïque, etc.) est de nous donner accès à des textes qui parfois n’ont pas été transmis en grec. La barrière linguistique et la diversité des cadres socio-culturels ont entraîné, à l’intérieur de l’université, une nette séparation entre les études sur l’antiquité classique et les études portant sur le monde arabo-musulman. Mais, du point de vue de l’histoire des sciences et de la philosophie, le prolongement de la tradition antique et la survie des textes ne sont pas moins visibles au Proche-Orient que dans le moyen-âge byzantin. C’est un domaine de recherche qui s’est beaucoup développé depuis quelques décennies et nous tentons de faire systématiquement le point sur l’état des éditions et les tendances de la recherche. En revanche, nous ne traitons pas de la “réception” de ces textes, c’est-à-dire de l’histoire des idées que les philosophes arabes ont pu développer à partir de la lecture de ces ouvrages.

AP : Les volumes Va et Vb qui, à eux deux, couvrent les lettres P, Q et R, comprennent des notices sur quelques-uns des plus importants philosophes antiques (Parménide, Jean Philopon, Platon, Plotin, Plutarque de Chéronée, Porphyre de Tyr, Proclus de Lycie, etc.) mais également, et selon le principe même de ce Dictionnaire, des noms bien souvent inconnus, du moins au non spécialiste de la période concernée. Plus encore, le Dictionnaire ne se limite pas aux philosophes, du moins au sens que le terme revêt aujourd’hui, mais intègre des personnages politiques, des médecins, des historiens, des grammairiens, des sophistes, des poètes, des dédicataires d’ouvrages, etc. Pour quelles raisons vous paraissait-il nécessaire d’intégrer tous ces personnages et cela implique-t-il à vos yeux une réinterrogation de la notion de « philosophe » ?

RG : Il n’est pas facile de déterminer qui est vraiment philosophe dans l’Antiquité. Selon les époques, se sont dits ou ont été qualifiés de philosophes des savants, des médecins, des astrologues, des alchimistes, des magiciens, et encore des ascètes, des moines et des moniales, etc. Mais je ne crois pas avoir essayé d’élargir la notion de philosophe. J’ai essayé de ne retenir que des philosophes qui s’inscrivaient dans une tradition scolaire, qui avaient composé des ouvrages de philosophie ou qui étaient considérés comme des philosophes par leurs pairs. Cela représente environ 2500 noms sur les 3000 que nous avons pris en compte. Les autres figurent dans le DPhA comme témoins importants du mouvement philosophique dans l’antiquité et de son emprise sur la société. Ces intellectuels ont en général étudié la philosophie, fréquenté de près des philosophes, écrit sur les philosophes, attaqué leurs doctrines ou leurs ouvrages, intégré des perspectives philosophiques dans le traitement de leur propre discipline. Dans certains cas, la philosophie ne représente qu’un aspect de leur activité ou de leur production et la notice qui leur est consacrée prend en compte essentiellement cet aspect des choses. Il est vrai cependant qu’il arrive que les spécialistes auxquels j’ai fait appel aient senti le besoin d’élargir davantage le cadre de leur notice. J’ai tendance en pareil cas à respecter le travail qu’ils ont fourni.

AP : Nous disions en commençant que ce Dictionnaire frappe avant tout par son caractère colossal qui tient évidemment à la dimension collective de ce travail, dont vous êtes donc d’une certaine manière l’architecte. Pouvez-vous nous parler de ce travail de direction et du mode d’organisation que cela suppose ? Y-a-t-il, par exemple, des règles communes et quelle est la marge de liberté (notamment en termes interprétatifs) laissée à chaque rédacteur ?

RG : Au fil des ans, près de 200 spécialistes, d’une quinzaine de pays différents, ont participé à ce projet. Mais cela s’est fait sans structure officielle, sans financement institutionnel et sans affectation de personnel. Je choisis les rédacteurs, essaie d’obtenir, sans beaucoup de succès, qu’ils respectent les dates de remises de notices, je traduis celles-ci lorsqu’elles me parviennent en anglais, allemand ou italien, je les adapte au format bibliographique et typographique du DPhA et j’assure toutes les étapes de la mise en page jusqu’à la fourniture d’un fichier PDF définitif à notre éditeur, CNRS-Éditions, qui n’a plus qu’à le faire imprimer. C’est une charge assez lourde, mais qui m’assure une totale liberté, notamment celle d’ajouter des notices jusqu’à la dernière minute ou d’inclure des références à des publications parues entre temps. Il est évident qu’une telle méthode de travail aurait été inconcevable sans le développement des outils informatiques.

Si j’avais aujourd’hui à lancer un tel projet, je concevrais sans doute l’organisation de ce travail de façon différente et moins subordonnée à mes efforts personnels. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’organisation actuelle de la recherche, entièrement concentrée sur des programmes à durée déterminée, rendrait très difficile la réalisation d’une telle entreprise.

Il y a bien sûr des directives et un format bien défini pour les notices. J’essaie qu’au minimum, pour chaque entrée, l’essentiel des informations soit fourni, mais je respecte le travail fourni par les rédacteurs et ne leur impose pas des limites drastiques, à condition que la notice soit de bonne qualité, exacte, originale et utile.

Derrière cet ouvrage, il y a une base de données qui enregistre les données prosopographiques essentielles et qui permet d’établir des statistiques parfois inédites. On peut ainsi suivre la progression ou le déclin des différentes écoles philosophiques (plus d’une trentaine) au cours des siècles, déterminer les lieux d’origine, de formation et d’activité des philosophes, repérer ceux dont on connaît le maître ou les disciples, ceux qui ont laissé une œuvre écrite, notamment des commentaires, ceux qui ont été honorés par des inscriptions ou dont on a érigé la statue, etc. C’est ainsi qu’on peut par exemple identifier 85 philosophes de sexe féminin dans ce corpus.

AP : Pour finir, une question qui concerne directement le lecteur et la réception de ce Dictionnaire : il s’agit d’un instrument de travail désormais incontournable pour les chercheurs en France et à l’étranger ; dans quelle mesure peut-il aussi intéresser les étudiants ou tous ceux qui, sans être spécialistes ou philosophes de profession, s’intéresseraient à la philosophie antique ?

RG : Pour les étudiants, j’espère qu’ils peuvent trouver dans ces notices la base d’une étude de première main sur ces philosophes. Certains m’ont d’ailleurs dit avoir trouvé dans le DPhA le sujet de leur thèse de doctorat. Mais ce dictionnaire n’a jamais été conçu comme un ouvrage de vulgarisation, comme il en existe maintenant beaucoup pour la philosophie antique. On le trouve dans la plupart des bibliothèques universitaires à travers le monde, mais le tirage et les chiffres de vente n’ont jamais explosé… Peut-être qu’un jour une version en langue anglaise ou une version électronique accessible en ligne pourront lui assurer une meilleure diffusion. Mais pour l’instant ma priorité est d’achever un sixième et dernier volume qui couvrira les lettres S à Z de l’alphabet.

P.-S.

Pour les références de Richard Goulet, voir sa page personnelle

Notes

[1Richard Goulet, Dictionnaire des Philosophes antiques, CNRS-éditions, 1989-2012

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