ISSN 2269-5141

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Gianluca Briguglia : Marsilio da Padova (partie 1)

dimanche 27 avril 2014, par Sophie Serra

Gianluca Briguglia, nous offre, avec son ouvrage sobrement intitulé Marsilio da Padova [1] l’un des travaux de philosophie médiévale les plus intéressants et stimulants de ces dernières années. Même si celui-ci n’est pour l’instant disponible qu’en italien – et d’autant plus pour cette raison – une recension s’impose.

Décrypter l’œuvre de Marsile de Padoue (1275/90-1343), non seulement le célèbre Defensor pacis, mais aussi le Defensor Minor et le De translatione imperii, n’est pas une mince affaire lorsque l’on veut travailler en ménageant comme le fait Briguglia à la fois l’exactitude des faits et des enjeux historiques, la consistance des thèses, mais également la possibilité d’une lecture philosophique des textes et de la figure du Padouan. En effet, et l’auteur en est bien conscient, la place réservée à l’analyse de Marsile dans les travaux académiques a matérialisé plus que nulle autre la tension inévitable en histoire de la philosophie entre une lecture aveuglément philosophique et anachroniquement idéologique, et une lecture contextualisée mais trop proche du texte pour le mettre en perspective. Si l’on ajoute à cela la difficulté inhérente aux thèses même de Marsile, on parvient à un éventail immense de tendances interprétatives, qui a bientôt fait de perdre celui qui aborde cet auteur pourtant majeur de la pensée politique médiévale.

Gianluca Briguglia fait le point, sans fard, sur ces difficultés dès la préface de son ouvrage :
« L’opera marsiliana presenta infatti apparentemente alcune tensioni o sviluppi possibili delle nozione chiave, o frose sarebbe meglio dire che presenta una molteplicità di livelli di analisi che possono condurre a interpretazione diverse e anzi radicalmente diverse sul significato generale da dare al Defensor pacis [2] ».

Et un peu plus loin :

« In altre parole, è la complessità di livelli del testo marsiliano, con il suo mosaico di linguaggi politicci e filosofici, di fonti, di sperimentazioni instituzionali, di incroci di ambienti ed esperienze, che dà vita a una lectura potenzialmente molteplice [3] ».

Mais s’il n’est pas dupe de toutes ces chausse-trappes qu’il présente de façon détaillée dans son introduction, il n’annonce pas encore explicitement la méthode ou le parti interprétatif qu’il a pour sa part choisi. Celui-ci se dessinera au fil de la lecture, au fil du parcours que Briguglia nous amène à parcourir à ses côtés, dans la vie et l’œuvre de Marsile.

Ainsi, il est difficile, lorsque l’on en commence la lecture, de démêler les différents axes qui structurent cet ouvrage. Non pas en raison d’un défaut de construction, mais parce que, comme nous tâcherons de le montrer, il se propose à la fois une lecture globale du projet marsilien et un retour critique sur l’historiographie.

Le lecteur peut reprendre à son compte, et appliquer à la lecture de cet ouvrage l’un des principes méthodologiques édictés par Marsile lui-même pour appréhender le phénomène politique, et que rappelle Gianluca Briguglia p. 69 : « les êtres humains ne peuvent véritablement connaître quelque chose s’ils n’en ont pas d’abord compris les causes et les principes premiers, jusqu’aux éléments constitutifs [4] ».

1. Structure de l’ouvrage

L’ouvrage se compose de quatre parties, de tailles assez équilibrées, et précédés d’une courte préface rappelant les enjeux liés à la lecture du Defensor pacis de Marsile de Padoue, et les précédents débats historiographiques suscités ou sous-tendus par des divergences d’interprétation. Ce qui pourrait apparaître comme un chapitre permettant au lecteur de faire un point rapide sur ces querelles avant de passer au cœur de l’ouvrage – une description de l’oeuvre de Marsile de Padoue – est en réalité d’une importance capitale, et donne le ton de ce Marsilio da Padova. Même si Gianluca Briguglia lui-même conclut sa préface en qualifiant son ouvrage d’introduction à la pensée de Marsile, conformément à la politique éditoriale de la collection à laquelle il appartient [5], il est permis de douter de la véracité de cette affirmation : en tous les cas, Marsilio da Padova est loin de se résumer à une sage et neutre introduction.

Proposant une lecture en contexte du Defensor pacis, Marsilio da Padova nous offre la possibilité de nous immiscer dans la dynamique même d’écriture dans laquelle se trouvait le philosophe padouan au moment où il a rédigé son œuvre phare. Gianluca Briguglia relève brillamment le défi de nous faire entrevoir, à fois de l’extérieur (prise en compte minutieuse du contexte large, et des champs de forces qui animent cette fin du Moyen Âge italien) et de l’intérieur (cohérence philosophique interne, mise à l’épreuve des théories interprétatives possibles et des enseignements philosophiques à méditer à l’heure actuelle) la genèse de cette œuvre majeure.

Ainsi, la première partie s’intitule « Le parcours de Marsile. Quand les faits produisent des idées (et les idées produisent des faits », et s’attache à mettre en perspective dans un même mouvement ce que l’on sait de la vie du Padouan, quels en sont les échos dans son œuvre, et comment ces éléments ont pu être lus à travers différentes optiques à travers l’histoire. Particulièrement réussie, quoique clairement plus historique que philosophique, cette première partie prend véritablement le lecteur par la main, pour le faire cheminer à travers la France et l’Italie du Nord aux côtés de Marsile, et l’usage, pourtant habituel, du seul prénom pour désigner un auteur médiéval prend ici petit à petit un tour familier et amical. Au-delà du seul exercice de style, ce ton nous amène inévitablement à désirer considérer Marsile de Padoue comme un individu à part entière, à la personnalité complexe et parfois contradictoire, plus que comme la figure monolithique et toujours un peu floue du « dissident », qui par définition s’offre à toutes les interprétations ou même, récupérations idéologiques.

Les deuxième et troisième parties sont quant à elles chacune consacrées au Premier, au Second Discours et très brièvement au Troisième Discours du Defensor pacis, et entrent davantage dans la discussion technique des arguments avancés par Marsile. Pourtant, là encore une grande attention est apportée à la contextualisation, au risque d’une certaine impression de répétition toutefois. C’est que G. Briguglia, lorsqu’il éclaire quelque thèse du Defensor Pacis l’aide d’éléments historiques, théoriques ou factuels, prend souvent soin de le faire sous différents angles.

La quatrième partie, enfin, « Au-delà du Défenseur de la paix », est une reprise de l’article de Gianluca Briguglia pour A Companion to Marsilius of Padua, édité par G. Moreno-Riaño et C.J. Nederman en 2011 [6]. Elle se focalise sur l’élaboration deux œuvres moins connues de Marsile, le De translatione imperii, et le Defensor Minor, composés durant les quinze dernières années de sa vie, et que le portrait incarné que nous offre G. Briguglia nous présente comme des machines de guerre, non plus seulement théoriques, mais bien politiques. Bien que cette dernière partie ait été composée séparément du début de l’ouvrage, le propos tout comme le style, légèrement remaniés, s’intègrent parfaitement dans l’ensemble. D’ailleurs, Gianluca Briguglia est parfaitement honnête avec son lecteur sur la genèse de son livre : celui-ci reprend des éléments d’articles ou de recherches précédentes, révisées et réorganisées. Cette transparence, rare, nous rend attentif aux transitions entre les différents chapitres, et force est de constater que ce procédé d’écriture ne nuit aucunement à l’unité de l’approche et de la méthodologie de Briguglia vis-à-vis de Marsile de Padoue. Seul le quatrième chapitre (« Au-delà du défenseur de la paix »), semble un peu moins irrigué par la dynamique interprétative de l’ensemble, mais cela peut également se justifier par son objet principal, une œuvre tardive de Marsile, déjà éclipsé à l’époque par d’autres philosophes dans l’entourage de l’empereur, nous y reviendrons. Au contraire, connaître le processus de composition de ce Marsilio da Padova peut nous fournir les clés de sa réussite et de sa tenue, tant conceptuelle que stylistique : la longue fréquentation des œuvres du Padouan, convoquées pour l’analyse de sujets divers qui se sont connectés petit à petit, peu certainement expliquer la relation d’intimité entre l’auteur et Marsile.

C’est surtout la structure de l’ouvrage, et son format – relativement court – qui laissent penser au lecteur qu’il a entre les mains une introduction générale à Marsile de Padoue. En effet, son organisation correspond peu ou prou au canon de ce type d’ouvrage : une préface qui rappelle l’historique des interprétations de l’auteur en question, une première partie plus historique, et ensuite trois parties centrées chacune sur un texte particulier, pas de conclusion, une notice biographique à la fin de l’ouvrage... La bibliographie, assez conséquente, est elle aussi fonctionnelle et bien organisée, présentée en trois sections (les sources textuelles en latin et en traductions, les introductions à l’oeuvre de Marsile et les études plus spéculatives). Mais si Marsilio da Padova peut effectivement être lu comme un ouvrage d’introduction, il est loin de perdre sa substance et son intérêt pour des lecteurs plus familiers avec la philosophie politique médiévale et l’auteur du Defensor pacis.

2. Le Defensor pacis, le texte et l’histoire

A cet égard, le sous-titre de la première partie est particulièrement éclairant « Quando i fatti generano idee (e le idee producono fatti [7]) ». Il ne s’agit pas en effet de déconnecter la vie et les écrits de Marsile, ou de simplement rappeler certains évènements historiques pour mieux comprendre certaines références textuelles, mais de souligner l’interdépendance de la vie et des idées de Marsile.

Briguglia consacre ainsi le début de cette première partie à passer en revue la vie et les relations parisiennes de Marsile et de Jean de Jandun, et notamment le célèbre épisode de leur fuite en 1326, depuis la capitale française jusqu’à la cour du futur empereur Louis de Bavière. Et s’ils sont partis, c’est selon Briguglia moins par crainte du danger (car sinon ils n’auraient tous simplement pas écrits les textes dont ils sont les auteurs), que parce qu’ils « ont voulu participer intellectuellement et personnellement à l’important affrontement en cours en Italie entre les grands partis au pouvoir, ceux de l’empire, de la papauté et des cités ». C’est cette interprétation qui paraît à son auteur « l’hypothèse la plus probable [8] ». Marsile ne serait donc pas un philosophe pur, et détaché des choses humaines, qui aurait été injustement persécuté par un monde qui n’aurait pas supporté, dans une rencontre fortuite, la puissance de sa dissidence. Marsile de Padoue, selon G. Briguglia, était non seulement très informé de la situation politique européenne (ce qui ne se concevrait pas autrement, bien entendu), mais également un homme d’action, et pas seulement de prescriptions. Si ses textes sont véritablement théoriques et témoignent d’une grande hauteur de vue, ils s’ancrent également très profondément dans une connaissance des mécanismes politiques, jusque dans leurs aspects terre-à-terre, et le résultat de cette acuité d’analyse ne cesse pas d’influencer ses propres apports. Cela donne ainsi un système politique marsilien d’une grande subtilité, mais qui n’est en réalité pas plus ramifié et inapplicable que la situation politique italienne du XIVe siècle qui lui sert de base et qu’il a étudiée au premier chef. Gianluca Briguglia résume ainsi cette interaction entre les faits et les idées :

« (...) ma sopratutto perché Marsilio è forse il primo a comprendere le tensioni istituzionali contemporanee evidenziate da quei fatti e a dar a loro espressione teorica con una complessa interpretazione filosofico-politica e a restitiurle dunque come compiuto sistema di teoria politica [9] ».

Bien-sûr, la philosophie politique médiévale ne se préoccupe pas seulement de la mise en application de la souveraineté au niveau régional, national et impérial. Incontournable est la question des limites entre les pouvoirs temporels et spirituels, et le Défenseur de la paix, comme on le sait, en fait une question centrale. Sur les trois dictiones qui le composent, on peut analyser la première comme le lieu de l’élaboration rationnelle du projet anthropologique de Marsile, qui souligne la démontrabilité de toutes les thèses qu’il avance, tandis que la deuxième consiste en une réfutation des positions adverses par l’autorité. Mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre que la part d’un auteur averroïste radical et anticlérical tel que nous l’a présenté l’histoire, nous devons remarquer que Marsile s’appuie en conscience sur les opinions des saints et des docteurs de l’Église, et non sur celles des aristotéliciens ou de dangereux anathèmes. Cela conduit le Padouan, et G. Briguglia le souligne, non seulement à constituer une théorie politique, mais une nouvelle ecclésiologie également (« conduce non solo in negativo a una confutazione di possibili argomenti contrari alla teoria marsiliana, ma ance in positivo a una teoria ecclesiologica nuova e irriducibile e anzi a quella « romana » [10]). Il s’agit pour Gianluca Briguglia de montrer qu’apparaît là un projet unique, bien que complexe, et il importe de procéder justement à son analyse pour en dégager l’unité et la direction. Quant à la troisième dictio, très brève (42 conclusions non argumentées), Briguglia y voit un « appel à la mobilisation concrète », une sorte de bréviaire de l’activiste politique, un geste de réforme politique et institutionnelle globale, ce qui en fait un pied-de-nez à l’autorité papale.

L’une des vertu de cette première partie est par dessus tout de montrer, avec force détails, que ce qui est souvent évoqué comme une polarité simple entre l’empire germanique et les unités nationales est en réalité bien plus complexe qu’un rapport d’allégeance, surtout en ce qui concerne le regnum Italicum :

« Si intenda l’impero germanico come un potere diretto e pieno su un territorio, assimilabile a une grandiosa macchina di potere sovranazionale, e che non si tenga conto della natura composita ed eterogenea dell’impero germanico nei primi decenni del XIV secolo e della sua propaggine peninsulare chiamata regnum Italicum. (...)L’opposizione secca tra Comuni e impero, così come tra repubbliche e signorie, è davvero fuorviante [11] »

L’auteur nous propose ainsi une immersion dans le fonctionnement des communes de l’Italie du nord au XIVe siècle, ouvrant de nouvelles possibilités d’analyse, même si la pensée de Marsile, dans cette perspective, se laisse moins bien cerner au premier regard. Cette première partie ne constitue donc pas un simple ensemble de « rappels historiques », mais propose une déconstruction d’un arrière-plan communément admis, et la reconstruction d’une réalité politique mouvante, dans un moment de « grande expérimentation institutionnelle [12] ».

Toujours conformément à cette volonté de dresser un tableau vivant et rendant justice à la complexité du réel de cet époque, l’auteur évoque également les débats juridiques, et non pas simplement philosophiques, qui animent la vie politique de ces années. Par exemple, en soulignant le fait – souvent occulté par les textes de philosophie politique médiévale français qui n’ont pas besoin d’une telle précision – que l’empereur n’est pas couronnée deux mais trois fois (à Aix la Chapelle, à Rome, et en Italie, Briguglia insiste encore sur les nombreuses ramifications disciplinaires de ce face-à-face entre l’empereur et le pape [13], car dès lors, quel couronnement est légitime ? L’un d’eux ne serait-il que symbolique, ou traditionnel ?

Pour analyser puis réaliser la communauté politique optimale, il faut à la fois considérer la communauté qui permet à l’homme une vie adéquate à son humanité, que Marsile appelle vita sufficiens [14] et l’analyse des parties et des fonctions qui constituent la communauté parfaite.

A la base de toutes ces considérations singulières et factuelles se trouve l’idée simple, et déjà classique par l’entremise d’Aristote, que la vie en commun a pour fin le bien-vivre, c’est-à-dire la garantie pour chaque homme de ce que Marsile nomme vita sufficiens, une vie adéquate à son humanité. Car « ceux qui vivent dans la cité (civiliter) ne vivent pas seulement à la manière des animaux et des esclaves, mais vivent bien, c’est-à-dire, sont disponibles pour les œuvres libérales, qui sont le privilège des facultés (virtutum) de l’âme, tant spéculative que pratique » [15]. Mais il ajoute à cela une dimension chrétienne. Ainsi, « les êtres humains sont appelés à une double vie digne et adéquate, la terrestre et la céleste [16] ».

Marsile apporte également à la thématique classique de la déficience humaine – qui deviendra classique car associée couramment à l’époque moderne à la genèse idéelle de la cité – une dimension de plus : l’insuffisance n’est pas seulement la marque ontologico-symbolique de la Chute dans ses répercussions morales et sotériologiques, elle se trouve marquée dans la chair même de l’homme. En effet Marsile ajoute, de façon très intéressante, des considérations médicales pour analyser la faiblesse humaine. Mais c’est aussi la nature même qui a entérinée cette faiblesse au sein de l’homme qui lui a également donné les moyens de compenser celle-ci, de s’élever au-dessus de cette marque, et ce faisant, d’exercer là encore son humanité :

« la natura stessa che dà all’uomo, con la mancanza, le possibilità di un processo evolutivo-culturale che può condurlo alla comunità perfetta, la quale diventa così strumento e finalità, capacità di giungere a una vita pienamente umana [17]  ». Et ce moyen n’est autre que la vie en communauté, dont le désir naturel est fermement planté au cœur de l’homme.

Une fois la fin de la communauté politique identifiée, et la nécessité de son accomplissement garanti par nature, l’on doit encore délimiter les différentes parties de la cité, qui accompliront chacune l’une des actions qui concourront à la vie bonne, et étudier le champs de leurs interactions [18]. Or, c’est la manière et le vocabulaire utilisés pour conduire ces analyses qui frappe particulièrement G. Briguglia :

« Temperamento, contrasto di elementi, corruzione e aggregazione, generazione e nascita, inclinazione : l’antropologia politica marsiliana è costellata di nozioni mediche e allusioni biologiche [19] »

Ce rapprochement entre le politique et l’organique n’est pas sans rappeler la métaphore du corps politique, à laquelle Gianluca Briguglia avait déjà consacré un ouvrage d’un grand intérêt (Il corpo vivente dello Stato. Una metafora politica [20]), et sur laquelle il revient longuement dans le Chapitre II, partie 5, intitulée « Embryologie du système institutionnel. Le rapport entre les parties de la communauté ». Il y étudie les rapport génétiques et fonctionnels entre les différentes parties de la communauté marsilienne, et cette analyse est également l’occasion de montrer l’étiologie médiévale en action. Car comme le souligne l’auteur, Marsile le médecin s’intéresse pas seulement à mettre sur pied une analogie entre le corps et la communauté politique dans un but didactique ou symbolique, car « son usage de la métaphore n’est pas statique et stéréotypé, ni une trouvaille rhétorique, mais une véritable recherche d’une force et d’une dynamique qui lient l’être vivant et l’association politique [21] ». Sur ce sujet extrêmement intéressant, Briguglia propose comme souvent une bibliographie intéressante à l’occasion d’une note, (n. 11, p. 111).

L’auteur rappelle donc souvent à quel point les textes et les thèses de Marsile, ainsi que l’arrière-plan nécessaire à ses adversaires pour condamner celles-ci, répondent aux situations particulières de l’Italie septentrionale, avec toute leur inventivité et leurs catégories parfois difficiles à saisir pour une philosophie politique moderne trop souvent dogmatique et univoque. Cette prise en compte est primordiale pour bien comprendre les références, mais aussi l’esprit du texte (comme c’est le cas pour éclairer d’une certaine façon la polémique que nous évoquerons, et qui oppose J. Quillet et A. Gewirth, tous deux interprètes fameux du Padouan). Cependant, il ne faut pas perdre de vue – et l’auteur soulève ce point – que si le Defensor pacis mérite encore d’être lu, requérant chez le lecteur une ténacité et une érudition considérables, c’est qu’il s’agit d’une œuvre philosophique, qui peut à ce titre enrichir notre compréhension du politique, et qui mérite une lecture philosophique, et non pas simplement historique. Dans le même temps, Gianluca Briguglia ne manque pas de souligner également le fait que, justement, il ne s’agit pas ou seulement d’une façon marginale et bien souvent tendancieuse, de défendre une actualité ou une contemporanéité particulière du Defensor pacis. Cette œuvre est ancrée dans une époque, bâtie sur des notions et des typologies que nous peinons aujourd’hui à rapporter à notre expérience de la vie politique, et il serait malhonnête de dresser une équivalence entre la « partie prépondérante » de Marsile et les citoyens des démocraties modernes par exemple. Nous arrivons donc, et selon la propre prescription de G. Briguglia, à l’éternelle et délicate obligation qui incombe à l’historien de la philosophie : éclairer par l’histoire des termes et des notions qui, mieux comprises, suscitent la réflexion philosophique. C’est typiquement cette démarche qui se trouve mise en œuvre tout au long de ce Marsilio da Padova, et plus particulièrement en ce qui concerne l’identité gibeline de Marsile.

« Anche una certa divaricazione novecentesca del dibattito storiografico sull’opera, nella sua polarizzazione come abbiamo visto su un’interpretazione « republicana » (ma si è addirittura detoo « democratica ») della sua teoria politica e una visione invecce più « imperiale » e assolutista ( o addirittura « totalitaria »), si sdrammatizza molto e assume maggiore spessore storico se si prende in considerazione questa componente « ghibellina » del Difensore della pace(...) [22] »

3. Un philosophe gibelin

Cette prise en compte dans l’analyse du contexte politique propre à la péninsule italienne permet à Gianluca Briguglia de ne pas simplement inscrire Marsile de Padoue dans le contexte global de la chrétienté et se contenter de la définir comme un partisan de l’empereur. En effet, un tel qualificatif ne rendrait compte ni des spécificités de sa pensée, ni de sa genèse proprement italienne, et tendrait à gommer les différences avec un Guillaume d’Ockham ou un Michel de Cesène, au mépris de l’itinéraire intellectuel et de l’histoire de l’influence de Marsile sur les faits. Confronter une idée vague d’empire à celle encore peu tangible à l’époque d’état-nation, reviendrait également à mettre sur le même plan le rapport entre le royaume de France et l’Empire et celui qui existait entre le regnum Italicum et ce même Empire. Or, à l’aube de ce XIVe siècle, les jeux de force opposent avant tout des papes français (Clément V, Jean XXII) à la tête de ligue guelfes, et l’empire germanique, et la bataille pour la domination temporelle européenne se joue sur le terrain italien. L’un des axes structurants de Marsilio da Padova est donc la considération de celui-ci en tant que philosophie gibelin (dès 1319 en effet, l’affiliation officielle du Padouan à la ligue gibeline est attesté, puisqu’il fait partie d’une délégation offrant un commandement gibelin au futur Charles IV de France [23]). De façon quelque peu polémique, G. Briguglia va même jusqu’à affirmer que le projet politique et anthropologique de Marsile est le meilleur représentant de cette tendance, plus acéré et plus profond que celui présenté par Dante dans sa Monarchia.

« La riflessione di Marsilio dà spessore filosofico all’opzione ghibellina, che è pure un’esperienza politica della storia europeana, in un modo più affilato e penetrante di quello della stessa Monarchia di Dante e paragonabile invece a quella, certo di posizione opposta, di un De regimine principum di Tolomeo da Lucca(...) [24] »

Il est donc bienvenu de revenir sur les raisons, tant factuelles que théoriques (s’il est encore d’une certaine pertinence de distinguer ces deux niveaux), de l’opposition entre Marsile de Padoue et le pouvoir papal.

On trouve justement un récapitulatif de ces chefs d’accusation p. 26. Lorsqu’en 1327, le pape convoque et condamne Jean de Jandun et Marsile, il leur est reproché en premier lieu d’avoir tiré d’un célèbre passage de l’Évangile selon Matthieu la conséquence que les bien temporels de l’Église sont sous l’autorité de l’empereur. Cette soumission à l’empereur se manifesterait également par le fait, encore plus radical, que celui-ci aurait le pouvoir de punir, instituer, et destituer le pape. En effet, si l’on suit les Évangiles, soutient Marsile, Pierre n’avait aucune autorité spéciale par rapport aux autres apôtres, et dans ce cas, parler de « vicaire du Christ », de « successeur de Saint Pierre » ou de « souverain pontife » n’a littéralement pas de sens, puisque tous les serviteurs de l’Église sont égaux. Enfin, le pape ne possèderait pas le pouvoir de punir quiconque, à moins que celui-ci ne lui soit conféré par l’empereur [25]. Comme nous l’avions évoqué précédemment, c’est sur la base des textes sacrés, et non à la seule lumière de la raison naturelle, que Marsile formule ces jugements. Cela ne doit pourtant pas nous égarer : Si le combat historique pour la domination temporelle s’est bien déroulé personnellement entre Marsile et le pape Jean XXII, le positionnement que visait le philosophe de Padoue était avant tout global et ecclésiologique.

Comme le remarque G. Briguglia, tout un jeu dialectique se met en place entre la critique de la prise illégitime du pouvoir temporel par le pape au détriment de l’empereur dans le Defensor pacis, et l’actuation de ce pouvoir papal qui en excommuniant Marsile dépasse justement les bornes de l’autorité qui lui est attribuée par le Nouveau Testament [26].

De surcroît, la condamnation de Jean de Jandun et Marsile de Padoue les accuse d’être des hérésiarques, et non de simples hérétiques. Conséquemment, leurs écrits sont dès lors considérés comme constituant les fondements de toute opposition théorisée au pape et au parti guelfe, tant aux yeux de Rome, que du côté de la Bavière. En effet, comme l’évoque Briguglia, c’est sur la base d’une assimilation à l’hérésie marsilienne que sera formellement condamné Jean Wyclif [27], tandis que pour un temps, à la cour de Louis de Bavière, cette condamnation renforce l’influence des thèses de ceux que l’on avait accusé de disséminer leurs théories (« dogmatizant »), et qui de fait, se trouvent propulsés au rang d’inspirateurs de la campagne du futur empereur [28].

Si cette opposition entre le pape et l’empereur, latente depuis toujours, devient si palpable, c’est en raison des conditions troublées dans lesquelles se sont déroulées les élections impériales en 1314. Le pape prend alors cette discorde entre les princes électeurs comme prétexte pour refuser de reconnaître Louis de Bavière. En 1317, Jean XXII émet la bulle Si fratrum, confirmant que le siège est vacant depuis 1313, c’est donc lui, en tant que successeur de Pierre donc qui aurait alors la garde des royaumes céleste et terrestre. Or, comme l’explique très clairement G. Briguglia, l’on ne comprend les enjeux considérables et complexes de cette bataille entre le pape et l’empereur que si on l’adosse à une prise en compte de la réalité du fonctionnement politique de l’Italie septentrionale. Celle-ci est en réalité une mosaïque, composée d’une multitude de cités autonomes sur le plan de la gouvernance, mais qui sont toutes sous la tutelle d’un vicaire impérial [29]. Ce dernier, ni ambassadeur muet de l’Empire, ni dirigeant parachuté depuis l’Allemagne, est en réalité choisi parmi les notables de la cité, et il exerce une autorité d’une grande force symbolique mais néanmoins réelle (les explications, très claires et documentées de G. Briguglia sur ce sujet complexes sont d’ailleurs à saluer) [30]. Le regnum Italicum constitue donc un réseau, souple et réformable, mais d’une grande puissance si unifié, ce qui en fait un territoire-clé, pour le pape comme pour l’empire. Durant la période de « vacance » de l’empire, on comprend alors que l’administration du territoire italien à travers ces vicaires devient le nœud du problème, de façon beaucoup plus pragmatique – ou en tout cas plus difficile à théoriser – que la simple opposition entre deux pouvoirs prétendant chacun à une forme d’universalité. Et si cette lecture est plus difficile à assimiler pour l’historien de la philosophie qu’une polarisation simple, elle semble néanmoins plus juste, et l’on ne peut que saluer l’auteur d’avoir osé emprunter quelques détours pour suivre le parcours véritable de Marsile.

Le guide de lecture fourni par Gianluca Briguglia est encore bienvenu à d’autres niveaux, car il nous invite à une appréhension plus subtile de la deuxième dictio du Defensor pacis en nous indiquant que, malgré son ton polémique, elle constitue un véritable traité d’ecclésiologie [31], et non pas seulement une pars destruens. Si la plenitudo potestatis papale est évidemment rejetée avec énergie, il est pourtant nécessaire d’articuler deux des affirmations de la théorie civile de Marsile : d’une part l’importance du sacerdoce chrétien pour le salut des citoyens, et d’autre part le fait que le législateur humain ne reconnaît pas de pouvoir supérieur. C’est dans ce but que Marsile va ingénieusement se positionner en chrétien, reprochant aux thèses pro-cléricales et pro-papales d’entrer en contradiction avec l’Écriture. En attaquant les institutions sous contrôle papal telles qu’elles sont à son époque, Marsile ne défend donc pas une conception absolument laïque de la communauté politique, mais au contraire se place en réformateur, champion du Salut. Pour autant, encore une fois l’auteur nous invite à ne pas quitter un extrême interprétatif pour un autre, délaissant le cliché d’un Marsile aristotélicien et humaniste pour celui d’un évangéliste (voir la note 253). Pour bien comprendre, alors, ce qui se cache derrière l’anti-cléricalisme et la réforme ecclésiologique du Defensor Pacis, il importe de se pencher, tout simplement sur le sens du terme ecclesia selon Marsile : s’agit-il de l’ensemble des membres de la communauté religieuse ? Des quelques personnes à la tête de l’institution ecclésiastique ? De la communauté des fidèles ? Cette dernière définition, non seulement se rapproche de celle prônée par les Évangiles, mais se réfère également, souligne Gianluca Briguglia, à l’une des thèses défendues par Philippe le Bel dans la polémique qui l’avait opposé à Boniface VIII. Encore une fois, on réalise à l’occasion de ces précisions lexicales, à quel point il est difficile de circonscrire le Defensor Pacis à une position univoque sur le fait religieux. Marsile hérite d’un questionnement déjà structuré par l’opposition Philippe le Bel/Boniface VIII, et il est d’une ironie cruelle de constater avec G. Briguglia que le point d’achoppement de ce débat sur le pouvoir terrestre du souverain pontife avec la théorie politique proprement marsilienne se situe dans la question de l’excommunication, qui prononcée par un évêque, menace l’équilibre de la communauté civile. Or « c’est exactement cela que Jean XXII, avec l’excommunication de Louis de Bavière et de ses vicaires en Italie du Nord, tentait de faire durant ces années [32] ».

La suite de l’article est consultable à cette adresse.

Notes

[1Gianluca Briguglia, Marsilio da Padova, Rome, Carocci, 2013

[2p. 15. « L’œuvre de Marsile présente des tensions et permet des lectures divergentes de ses notions-clés, ou peut-être serait-il plus juste de dire qu’elle propose une multiplicité de niveaux d’analyse qui peuvent conduire à des interprétations diverses et même radicalement contraires sur la signification générale à donner au Defensor pacis ».

[3p. 20 : « En d’autres termes, c’est la complexité des niveaux du texte marsilien, avec sa mosaïque de langages politiques et philosophiques, de sources, d’expérimentations institutionnelles, de croisements de milieux et d’expériences, qui donne vie à une lecture potentiellement multiple ».

[4p. 69 : « ...gli essere umani non possono davvero conoscere qualcosa se non ne abbiano prima comprese le cause e i principi primi fino ai suoi elementi costitutivi ». Gianluca Briguglia cite cette phrase qui appartient au Défenseur de la paix, I, III, 2, p. 13.

[5p. 23.

[6p. 23, Gianluca Briguglia s’explique : Il cap. 4 è la versione italiana, modificata e ridotta, del mio articolo The Minor Marsilius : The Other Works of Marsilio da Padova, apparso in G. Moreno-Riaño, C.J. Nederman (a cura di), A Companion to Marsilius of Padua, Brill, Leida-Boston, 2011, pp.265-303

[7« Quand les faits produisent des idées (et les idées produisent des faits) ».

[8p. 36. « se sia stata piuttosto una volontà di partecipazione intelletuale e personale allo scontro in atto in Italia tra i grandi blocchi di potere dell’impero, del papato e della città, che a me pare l’ipotesi più probabile

[9p. 36 : Marsile est peut-être le premier à comprendre les tensions institutionnelles contemporaines mises en évidence par ces faits, à leur donner une expression théorique grâce à une interprétation philosophico-politique complexe et à les restituer ainsi à travers un système politique accompli.

[10p. 64 : « cela le conduit non seulement, de manière négative, à une réfutation des arguments contraires à la théorie marsilienne, mais, de manière positive, à une théorie ecclésiologique nouvelle, irréductible et même contraire à celle ‟romaine” ».

[11p. 19 : « On comprend l’empire germanique comme un pouvoir direct et plénier sur un territoire, assimilable à une grandiose machine de puissance supranationale et on ne tient pas compte de la nature composite et hétérogène de l’empire germanique dans les premières décennies du XIVe siècle et de sa ramification dans la Péninsule, nommée Regnum Italicum ».

[12Idem.

[13p. 45 : « Il re dei Romani, infatti, veniva incoronato una prima volta ad Aquisgrana e una seconda a Roma, ma aveva anche diritto a una terza corona, a Milano ou Monza, cioè la corona ferrea che rappresentava il regnum Italicum » (« Le roi des Romains est en effet couronné une première fois à Aix-la-Chapelle et une seconde fois à Rome, mais il a également droit à une troisième couronne, à Milan ou Monza, c’est-à-dire la couronne de fer qui représente le regnum Italicum »).

[14p. 70 : « Dallo stesso principio tuttavia discendono in Marsilio due diversi levlli di analisi : il primo, di cui ci occuperemo subito, è la ricostruzione storico-concettuale delle tappe che conducono l’uommo alla fomazione della comunità perfetta e autosufficiente – cioè la comunità che consente all’uomo anu vita adeguata alla sua umanità, che Marsilio chiama vita sufficiens –, seguendo i processi che vanno dal semplice al complesso e prestando attenzione alle caratteristiche delle varie tappe, ai bisogno che esse soddisfano e alle insufficienze che non possono colmare. »

[15Marsile de Padoue, Le défenseur de la paix, I, IV, 1, p. 63 édition J. Quillet.

[16p. 77. « Marsilio tiene conto di ciò che invece Aristotele non poteva prendere in considerazione, e cioè che gli esseri umani sono chiamati a una doppia vita degna e adeguata, quella terrena e quella celeste » (« Marsile prend en compte ce qu’Aristote ne pouvait prendre en considération, c’est-à-dire que les êtres humains sont appelés à une double vie digne et adéquate, la terrestre et la céleste »).

[17p. 78 : la nature même qui donne à l’homme, avec ses imperfections, les possibilités d’un processus évolutif qui peut le conduire à la communauté parfaite, laquelle devient ainsi instrument et finalité, capacité d’atteindre une vie pleinement humaine.

[18p. 80 : « La consapevolezza dell’indigenza umana, la conseguente necesità di arti e di un contatto e scambio costante tra gli esseri umani, si sviluppa in Marsilio in un discorso antropologico-politico che mantiene sempre la centralità del bisogno fino allo studio delle azioni umane e delle funzioni necessarie a una comunità compiuta » (« La conscience de l’indigence humaine et donc de la nécessité des arts et d’un contact ou d’un échange constant entre les êtres humains, se développe chez Marsile à travers un discours anthropologico-politique qui retient comme élément central le besoin, jusque dans l’étude des actions humaines et des fonctions nécessaires à une communauté »). accomplie.

[19p. 83 : Tempérament, conflit des éléments, corruption et agrégation, génération et naissance, inclination, l’anthropologie politique marsilienne est constellée de notions médicales et d’allusions biologiques.

[20Milan, Bruno Mondadori, 2006.

[21p. 112 : « La sua non è una metaforizzazione statica e stereotipata, non è una trovata retorica, ma la vera ricerca di una forza e di una dinamica che lega vivente e aggregazione politica ».

[22p. 48-49 : « Même un certain écart du débat historiographique sur cette œuvre au XXe siècle, dans sa polarisation, comme on l’a vu, entre une interprétation ‟républicaine” (on a même dit ‟démocratique”) de sa théorie politique et une vision au contraire plus ‟impériale” et absolutiste (ou même ‟totalitaire”) est considérablement dédramatisé et acquiert une plus grande épaisseur historique si l’on prend en considération cette composante gibeline du Defensor pacis ».

[23p. 44 : « « Nel marzo 1319 gli ambasciatori della lega ghibellina offrono a Carlo de la Marche, che diventerà re di Francia, il comando della lega. Carlo non accetta, ma tra gli ambasciatori è attestata la presenza proprio del nostro Marsilio da Padova », (« En mars 1319, les ambassadeurs de la ligue gibeline offrent à Charles de La Marche, qui deviendra roi de France, le commandement de leur ligue. Charles ne l’accepte pas, mais parmi les ambassadeurs est attestée la présence même de notre Marsile de Padoue »).

[24p. 22 : « La réflexion de Marsile donne une épaisseur philosophique à l’option gibeline – qui est d’ailleurs une véritable expérience politique de l’histoire européenne –, de manière plus affûtée et acérée que la Monarchie elle-même de Dante, elle est par contre comparable, mais avec un projet opposé (d’inspiration guelfe), au De regimine principis de Ptolémée de Lucques (...) ».

[25p. 26.

[26p. 30 : « Molto lucidamente nel Difensore della Pace egli aveva analizato proprio l’uso della scomunica da parte di Giovanni XXII come strumento di intimidazione e di lotta politica e proprio per le sue conseguenze politiche e civili ne aveva contestato la titolarità al papa » (« Avec beaucoup de lucidité, le Defenseur de la paix interprète justement l’utilisation par Jean XXII, de l’excommunication comme d’un instrument d’intimidation et de lutte politique, et c’est justement pour ses conséquences politiques et civiles qu’il a contesté la titularité du pape »).

[27p. 28 : « transformava quel libro in un modo di comprensione permanente dell’errore politico-ecclesiologico (basti pensare a come le idee di John Wyclif, condannate da papa Gregorio XI negli anni settanta del XIV secolo, verranno assimilate all’eresia marsiliana) » (« a transformé ce livre en un mode de compréhension permanente de l’erreur politico-ecclésiologique (il suffit de penser à la manière dont les idées de Jean Wyclif, condamnées par le pape Grégoire XI dans les années 70 du XIVe siècle, seront assimilées à l’hérésie marsilienn)) ».

[28p. 31 : « i due già, cioè insegnano le loro idee politico-ecclesiologiche, nel ducato di Baviera e la dottrina marsiliana sta ormai dogmatizant diventando base ideologica e forse programmatica della campagna militare e politica che Ludovico ha intrapreso contro il papa e l’assetto guelfo dell’Italia » (« eux deux sont déjà dogmatisant, c’est-à-dire enseignent leurs idées politico-ecclésiologiques dans le duché de Bavière, et la doctrine marsilienne est sur le point de devenir la base idéologique et peut-être programmatique de la campagne militaire et politique que Louis a entreprise contre le pape et l’organisation guelfe d’Italie »).

[29p. 40 : « « Il vicario, nominato dall’imperatore per una certa città, è il rappresentante del diritti imperiali in un determinato Comune. (...) E le città del regnum Italicum, benché autonome, sono formalmente legate all’istituzione imperiale » (« Le vicaire, nommé par l’empereur pour une certaine cité, est le représentant des droits impériaux dans une commune déterminée. les cités du Regnum Italicum, bien qu’autonomes, sont formellement liées à l’institution impériale »).

[30p. 40 : « Il vicario, in questo periodo, non è infatti, salvo alcune eccezioni particolari, un semplice agente dell’imperatore, ma appunto una personalità locale eminente che ha già un particolare potere cittadino » (« Il s’agit souvent d’une personnalité locale éminente, et non pas d’un homme parachuté par l’empereur »).

[31p. 117 : « « E dunque proprio a un discorso generale sulla Chiesa, oltre che sul ruolo del pontefice, che viene più particolarmente dedicata la seconda parte del Difensore della pace », (« C’est donc véritablement à un discours général sur l’Église, au-delà du rôle du souverain pontife, qu’est dédiée la deuxième partie du Defenseur de la paix »).

[32p. 129 : « Proprio ciò che Giovanni XXII, con la scomunica di Ludovico il Bavaro e dei suoi vicari nell’Italia sttentrionale, stava tentando di fare in quegli anni ».

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