ISSN 2269-5141

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Agostino Nifo : De Pulchro et amore

Du beau et de l’amour

vendredi 6 juin 2014, par Constance Malard

Introduction

En 2011, Les Belles Lettres publiaient en deux volumes le remarquable travail de Laurence Boulègue, maître de conférences en philosophie et littérature néo-latines à l’Université Lille 3 : une traduction richement introduite et annotée du De Pulchro et amore rédigé en 1529 par Agostino Nifo (1469-1538). « Agostino Nifo », vous avez bien lu. Ce nom mélodieux nourrit la longue liste des philosophes méconnus de la Renaissance italienne. De cette période charnière, et cruciale, l’on ne retient souvent, hélas, que les gros traits : l’Académie florentine de Marsile Ficin, le Prince sans scrupules de Nicolas Machiavel et le bûcher public de Giordano Bruno. Dès lors, comme bon nombre de ses contemporains – Lorenzo Valla, Francesco Patrizi, Benedetto Varchi – Agostino Nifo sonne creux, en rime interne, et ne renvoie aucun écho au fond des couloirs universitaires. Comment expliquer ce point de non retour ? Est-ce là la juste rançon d’une œuvre sans intérêt ou l’injuste conséquence du mépris de principe dont souffrent la plupart des humanistes renaissants ? Cette pièce récente de la précieuse collection « Les Classiques de l’Humanisme » nous fournit quelques éléments de réponse en plus de nous convier à la lecture d’un étonnant traité sur le beau et l’amour.

I. Le tracé du profil

A. Un portrait en clair obscur

L’introduction aux deux traductions jette une lumière vive sur l’identité et l’œuvre d’Agostino Nifo. Très manifestement, il s’agit pour Laurence Boulègue de réhabiliter les écrits de cet homme savant tombé dans l’oubli au fil des siècles : « Ainsi, l’œuvre de Nifo connut-elle une fortune fluctuante malgré l’intérêt qu’elle suscita chez des écrivains, penseurs et chercheurs de renom. Ses nombreux déplacements, et les lacunes biographiques qui s’ensuivent, les multiples débats et controverses esquissent la figure d’un philosophe qui fut parfois difficile à cerner, même pour ses contemporains, fervents admirateurs ou adversaires acerbes » [1]. Ce constat trace le programme d’une enquête : un « bref parcours historiographique » [2] recense les critiques, positives et négatives, formulées par les différents lecteurs de Nifo, de Torquato Tasso à Ernest Renan en passant par Gabriel Naudé, et permet d’examiner les raisons de cette postérité chaotique. L’éditrice accorde une importance toute particulière au jugement des contemporains d’Agostino, alors très renommé, et saisit par là l’occasion de présenter sommairement mais efficacement un autre grand nom oublié de l’humanisme italien, Mario Equicola (1470-1525), son ami fidèle et laudateur. En contraste, il est aussi question des « attaques féroces », lancées de son vivant, qui pointaient spécialement l’esprit grivois et l’humeur versatile du vieil homme. L’itinéraire se poursuit au cours du temps : à l’époque moderne et au siècle des Lumières, la mémoire du philosophe connaît tour à tour les éclats d’une belle réception et les affres d’un profond désintérêt avant de sombrer dans l’oubli au XIXe siècle. De façon inespérée, la notoriété de Nifo rebondit au XXe siècle en prenant assise sur « deux points sensibles », développés par la suite, « la controverse avec Pomponazzi et le De regnandi peritia » [3] ; en général, résume l’éditrice, les commentateurs soulignent « l’intérêt historique du philosophe tout en restant plus ou moins réservés en ce qui concerne l’originalité de sa pensée » [4]. « Depuis une trentaine d’années, lit-on enfin, en même temps que se développent les études sur l’aristotélisme à la Renaissance, envisagé dans toute sa complexité, quelques auteurs vont s’attacher plus précisément à l’œuvre de Nifo » [5]. Ces dernières notes contiennent implicitement un double défi : sans prétendre à l’exhaustivité, Laurence Boulègue entend dégager une certaine cohérence à travers la présentation des œuvres majeures d’Agostino Nifo ; elle espère aussi faire valoir la pensée éclectique d’un auteur qui aurait toute sa place dans les départements de philosophie générale.

La séquence biographique qui suit prépare habilement cette mise à l’honneur : les nombreux titres de gloire, adressés au brillant professeur, expliquent les critiques acerbes et les moqueries burlesques de ses contemporains jaloux ; au passage, sont mentionnées quelques anecdotes historiques renvoyant de Nifo l’image peu avantageuse d’un courtisan accompli et d’un infatigable séducteur : « il est probable, écrit Laurence Boulègue, que la liberté de pensée dont sut faire preuve Nifo, ponctuellement, sur quelques sujets (…), ne lui fut pas pardonnée et lui valut des inimitiés qui suscitèrent des attaques personnelles entachant également son œuvre » [6]. Dans cette visée, l’éditrice prend soin d’étudier l’averroïsme paradoxal d’Agostino qui soutint audacieusement dans sa jeunesse l’unité de l’intellect humain avant de revenir à des positions plus conventionnelles.

B. Pomponazzi en contre-jour

Nous touchons ici à un point essentiel de l’argumentation : la relation chahuteuse d’Agostino Nifo avec l’Université de Padoue. Disciple du grand maître averroïste Nicoletto Vernia (1420-1499), qui prône la séparation de l’intellect unique et incorruptible et qui nie, par conséquent, le salut de l’âme individuelle, Nifo observe dans un premier temps un averroïsme sans concession comme en témoigne son précoce De intellectu et daemonibus(1492) ; le jeune Agostino y professe l’existence d’un intellect agent, incorporel, séparé et commun à tous avant de repousser, dans une préface écrite sous la contrainte, les idées offensant la religion chrétienne. Il prolongera cette ligne orthodoxe en 1518 face aux positions radicales de Pietro Pomponazzi (1462-1525) sur l’immortalité de l’âme. Laurence Boulègue accorde une large place à ce débat au sujet duquel les critiques modernes évoquent le nom d’Agostino Nifo. Dans un style limpide, l’éditrice décline sur plusieurs pages les soubassements théoriques du conflit renaissant : elle rappelle la distinction averroïste des trois intellects, l’intellect agent, l’intellect matériel et l’intellect passif, et montre comment cette doctrine peut conduire à la négation de l’immortalité de l’âme ; elle précise ensuite les thèses de chacun des partis, les averroïstes et les alexandristes : si les premiers, représentés par Nifo, tentent de concilier les dogmes catholiques avec le système averroïste, les seconds, défendus par Pomponazzi, posent l’existence d’un intellect individuel uni au corps et donc voué à périr avec lui. Une parenthèse rétrospective tente de justifier les attitudes contradictoires adoptées successivement par Nifo. Pour rendre compte de ces vacillations, il est fort tentant d’invoquer la soumission précautionneuse à l’ordre établi. Mais Laurence Boulègue avance deux remarques avantageant son auteur : d’une part, si Nifo a renié son œuvre de 1492 pour finalement revendiquer l’immortalité de l’âme, il n’a pas pour autant cessé de lire et d’enseigner Averroès comme l’attestent les titres postérieurs au De Intellectu, le Destructio destructionum(1497) et le De Anima (1503) ; d’autre part, s’il se détache d’Averroès à partir de 1508, c’est qu’il a acquis une maîtrise suffisante du grec pour ne plus lire Aristote par l’intermédiaire de son grand commentateur. Ainsi, conclut l’éditrice, « lorsque Nifo réplique à Pomponazzi sur la question de l’immortalité de l’âme, il le fait en philosophe averti » [7]. Ceci établi, l’éditrice expose les linéaments de la controverse romaine et il faut saluer, à ce titre, l’extrême précision et la clarté exemplaire de cette présentation bienvenue. A l’« averroïsme teinté d’alexandrinisme » et dénué de toute transcendance de Pomponazzi, qui lie l’intellect à la matière de façon restrictive et indissoluble, Nifo oppose un « averroïsme subtil », inspiré de Sieger de Brabant, qui permet de concilier la doctrine de l’intellect agent à celle de l’immortalité individuelle.

C. Machiavel en miroir

C’est alors que l’entreprise de réhabilitation, nettement lancée à ce niveau, fonctionne par concession : « Que la critique ait eu tendance à négliger la réponse de Nifo pour soutenir celui des deux protagonistes qui, face à la pensée commune et admise, se rebellait et osait affirmer ainsi sa position individuelle avec fougue et courage est une juste reconnaissance » avoue Laurence Boulègue [8]. La chose est suffisamment rare pour être soulignée : il ne s’agit pas de redorer la mémoire d’un auteur oublié en gommant trop facilement les tâches sombres de son blason ; le jeu est franc et le trait incisif – ce qui donne à l’éditrice une marge de répartie bien exploitée : « mais il est étonnant que la controverse de 1492 soit si souvent omise », réplique-t-elle en se référant au courageux De intellectu [9] ou encore : « quant à la difficulté des uns et des autres à classer Nifo dans telle ou telle catégorie de la philosophie péripatéticienne, voire platonicienne, elle relève moins de la versatilité de Nifo (…) que d’un défaut d’analyse systématique et véritable » [10]. Cette dernière note trace la piste d’une enquête : sous quelle école placer la philosophie bicolore d’Agostino Nifo ? Avant de répondre au défi posé, Laurence Boulègue tient à laver son auteur d’une autre accusation « très récente » [11], aujourd’hui responsable, avec la controverse sur l’intellect, de sa notoriété dans la critique : on reprocha à l’auteur du De regnandi peritia , paru en 1523, d’avoir plagié le manuscrit du Prince de Machiavel, rédigé en 1513. Après avoir montré toutes les limites d’une telle charge, l’éditrice émet l’hypothèse d’une probable interaction entre les deux textes qui aurait finalement joué en la seule faveur du conseiller florentin.

II. Une philosophie à la limite

A. A la croisée des genres et des tons

Parvenue à ce stade de l’analyse, Laurence Boulègue aborde frontalement la question de la spécificité philosophique de Nifo : « la fameuse controverse qui l’opposa à Pomponazzi montre que sa pensée est plus complexe qu’elle n’y paraît, héritière d’un aristotélisme sensible et réceptif aux nouveaux courants » [12]. Le point décisif réside dans la difficulté à saisir les contours d’un système mêlant des influences multiples. Justement, l’imposant traité consacré au beau et à l’amour, le De Pulchro et amore, rédigé en 1531, et dont la présente édition fournit l’original latin et la version française, exemplifie ce « néo-aristotélisme » et permet d’en saisir les bornes poreuses. Pour prendre toute la mesure de cette œuvre, sans précédent traduit, l’éditrice propose en liminaire une mise en contexte qui place le traité de Nifo dans la droite ligne du débat philosophique et théologique soulevé bien plus tôt, en 1469, par le Commentaire sur le Banquet de Platon de Marsile Ficin.

L’étude de Nifo aurait même relancé la réflexion sur le beau et l’amour, entre-temps diluée dans les propos plaisants des traités mondains du début du XVIe siècle. L’éditrice décrit avec soin les principales étapes de cette évolution pour faire ressortir la contribution ambivalente de Nifo, « à la fois ouvrage de commande, inscrit dans un cadre courtois, et traité philosophique qui s’appuie sur le genre du traité d’amour pour réactualiser le débat… L’aspect courtois mêlé aux variations de tonalité d’un ensemble pourtant rigoureusement cohérent, l’abondance d’une prose latine aux accents scolastiques interrompue par des plaisanteries et des considérations légères, ont permis au De Pulchro et amore d’être distingué tout en décourageant souvent les plus persévérants, qui auraient préféré tantôt un raisonnement plus bref et moins étranger aux façons de penser du moment, tantôt davantage de fantaisie et de légèreté dans le style » [13]. Et si la rigueur du phrasé a pu déplaire au tout venant, la légèreté de certaines pages ne doit pas réciproquement alarmer le spécialiste. Loin d’amoindrir la valeur du traité, le mélange des genres et des tons signale la richesse d’une pensée hétéroclite.

B. Par delà les positions ficiniennes

A la première lecture, concède Laurence Boulègue, les passages d’apparence futiles, les pointes humoristiques, les mondanités propres à tous les « arts d’aimer » courtois rendent la profondeur philosophique du De Pulchro et amore pour le moins douteuse. Mais l’éditrice nous l’assure, le fond accrédite la forme : « la thèse de Nifo sur l’amour humain et sensuel, si proche de tous et si lointaine dans le traitement philosophique des platoniciens contemporains, autorise ces étranges assemblages » [14]. Nous voici au noyau de la présentation éditoriale : si, en pratique, Nifo cède aux canons du dolce stil novo en vigueur dans la poésie toscane, c’est qu’il adopte, en théorie, une approche physique de la nature de l’homme et du beau ; la beauté est seulement humaine parce que seul l’être humain réunit un harmonieux rapport de proportions entre ses parties. Paradoxalement, cette reprise de la définition classique du beau comme harmonie marque l’originalité de Nifo : une telle vision rompt avec l’acception ficinienne, communément admise à l’époque, de la beauté-splendeur, rayon de la divinité réfléchi sur les corps et indépendant d’eux. Pour prouver au contraire l’existence de la beauté dans la natura rerum, Nifo évoque avec lyrisme les attraits d’une noble dame, Jeanne d’Aragon, à qui le De Pulchro et amore est dédié [15]. L’éditrice retrace les implications théoriques de cette esthétique strictement corporelle : pour Nifo, non seulement le beau existe en soi dans la nature mais en plus rien ne peut être dit beau en dehors de la nature humaine. Ce point est capital, il a pour conséquence la remise en cause de la hiérarchie des sens et des amours fermement établie depuis le Commentaire sur le Banquet de Platon : la beauté, proprement humaine, est par définition sensible, ce qui signifie que la matière ne constitue plus un obstacle pour elle et que tous les sens, la vue et l’ouïe, mais aussi l’odorat et surtout le tact et le goût, sont aptes à la saisir. Il y a encore plus, l’éditrice montre comment Nifo renverse le déterminisme ficinien en matière d’amour : il ne suffit pas d’expliquer la naissance du sentiment amoureux par la thèse d’une complémentarité de complexion puisqu’on voit bien que le semblable n’attire pas toujours le semblable, que les contraires peuvent éprouver de l’amour l’un pour l’autre et que les amours changent quand les complexions demeurent. C’est encore par la simple observation que Nifo réfute la thèse d’une réminiscence de la beauté divine aperçue dans le ciel avant que l’âme ne soit prisonnière du corps : puisque les amants cessent bien souvent de s’aimer, la cause de leur amour n’est pas immuable. Laurence Boulègue met alors en valeur la réponse agostinienne : en parlant de « loi individuelle », par laquelle nous tombons amoureux de la personne qui convient à notre nature variable, « Nifo substitue au déterminisme préétabli dans le choix amoureux une interprétation plus souple qui laisse à l’individu un espace de liberté » [16].

C. Un aristotélisme de l’amour

Le De Pulchro tranche donc avec le contexte néoplatonisant des traités d’amour : délimitant le lieu de la beauté dans la nature humaine, il offre au sensible une légitimité séparée de l’intelligible et permet de conférer une dignité propre à l’amour des corps. Ainsi Laurence Boulègue inscrit-elle son auteur dans la lignée de l’épicurien Lorenzo Valla (1407-1457) et du naturaliste Giovan Battista Pio (1460-1540) qui réhabilitent chacun à leur manière la voluptas humaine. Comme eux, Agostino Nifo revalorise l’amour charnel sans limiter cet acte physique à la finalité de reproduction. Plus encore, il voit dans la beauté sensible le véritable objet de la jouissance des corps. Laurence Boulègue montre alors comment Nifo a tenté d’inscrire sa thèse dans la morale péripatéticienne pour la soustraire de l’accusation d’hédonisme et lui donner une légitimité philosophique incontestable. La difficulté principale réside en ceci : Aristote n’a pas écrit sur le beau et l’amour, « il s’agit donc pour Nifo, à partir des textes divers d’Aristote et des péripatéticiens, de déduire en quelque sorte ce que serait la pensée aristotélicienne sur ces thèmes » [17]. L’humaniste utilise quelques fragments de la Métaphysique, de la Poétique et de l’Ethique à Nicomaque, bien référencés par l’éditrice, mais il s’inspire aussi des grands commentateurs arabes du Stagirite. Il faut donc en convenir : le De Pulchro et amore donne « une expression philosophique aux aspirations sensuelles des traités du XVIe siècle ».

Conclusion

On ne peut donc que rendre hommage à cette pièce soignée qui met à l’honneur un philosophe hors-cadre, plus « phénoménologue » qu’« idéaliste » [18], se réclamant péripatéticien mais comblant les lacunes de cette école concernant la philosophie d’amour, en rupture avec la tradition platonicienne. Après la réhabilitation des sens, Nifo confère au plaisir corporel, procuré par la beauté, une valeur inédite : « non seulement il est légitime en lui-même mais il totalise l’ensemble des jouissances humainement possibles » [19]. Par là, l’auteur du De pulchro et amore libère l’amour humain, cupido, de l’accusation de bestialité sous-tendue par la hiérarchie ficinienne des trois amours, divin, humain (seulement spirituel) et bestial (avec jouissance charnelle). L’édition bilingue des deux livres respectivement consacrés aux thèmes du beau et de l’amour vient meubler, aux côtés du De Auguriis traduit en 1546 par Antoine Du Moulin, et du De regnandi peritia, traduit en 1987 par Simone Pernet-Beau et Paul Larivaille, le rayon d’un auteur quasiment inaccessible en français. Chose remarquable, le De Pulchro et le De Amore sont précédés d’un parcours de lecture très utile, scandant, par groupe de chapitres, les principaux moments de la réflexion. L’étude préalable est enrichie d’une série de notes ainsi que d’une bibliographie alléchante et les deux volumes s’achèvent sur des index de noms, utiles pour une recherche axée. Cette publication lance donc une double invite : non seulement à l’approfondissement d’une pensée diverse et rebelle qu’il reste encore à unifier mais en plus à l’étude d’un courant déconcertant, l’aristotélisme italien des XVe et XVIe siècles.

Notes

[1Laurence Boulègue, Introduction au Pulchro et amore d’Agostino Nifo, Les Belles Lettres, 2011, p. VIII

[2Ibid.., p. IX

[3Ibid.., p. XIX

[4Ibid.., p. XX

[5Ibid.., p. XX

[6Ibid.., p. XXXIII

[7Ibid.., p. XXXIX

[8Ibid.., p. XLVIII

[9Ibid.., p. XLVIII

[10Ibid.., p. XLVIII

[11Ibid.., p. L

[12Ibid.., p. LII

[13Ibid.., p. LXX

[14Ibid.., p. LXXI

[15Ibid.., livre I, chapitre 5 : Nifo suit les canons esthétiques et rhétoriques de l’époque pour brosser le portrait de Jeanne d’Aragon, épouse du duc Ascanio Colonna. La beauté de cette femme se fonde sur la symétrie jointe à la douceur des couleurs qui sollicite tous les sens, y compris ceux de l’odorat, du goût et du toucher. Il est en effet question du « parfum suavissime » des seins fruités, de la chair « pleine de suc » et des « lèvres de miel » de la belle dame. Cet exercice conventionnel n’est donc pas une simple illustration, il permet à Nifo de réhabiliter les sens habituellement jugés inaptes à la saisie de la beauté. Surtout, ce lumineux constat appuie « phénoménologiquement » la thèse originale de l’auteur : la beauté de Jeanne prouve que le beau en soi existe dans la nature

[16Ibid.., p. CXXI

[17Ibid.., p. CII

[18Ibid.., p. CXLIV, Laurence Boulègue écrit à propos du chapitre sur la beauté de Jeanne d’Aragon : « d’ors et déjà, le traité de Nifo est concentré, comme l’essence d’un parfum, dans ce chapitre où le philosophe subordonne le raisonnement spéculatif à la lumineuse constatation de la réalité. Cela ne remplace pas le raisonnement mais l’oriente et le soumet plutôt que de le laisser s’emparer de la belle réalité pour l’assujettir à des idéaux tyranniques. C’est l’opposition du phénoménologue à l’idéaliste »

[19Ibid.., p. CLXVII

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