ISSN 2269-5141

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Marie-Paule Farina : Comprendre Sade

lundi 9 janvier 2017

« J’ai fessé quelques culs ! »
Depuis le 1er janvier la loi interdisant aux parents d’utiliser la fessée comme moyen éducatif s’applique en France. Comment ne pas voir un signe du ciel dans la coïncidence entre l’ouverture de ma page « comprendre Sade » en ce début de mois de janvier 2017 et la pénalisation de la fessée. Adieu martinet, adieu « meuble de religieuse », adieu instrument de redressement des âmes… et des corps ! « Huissier à verges » pratiquant son office dans quelque Cour de Justice ou sur la place des Grèves, préfet de la discipline au collège et moinette ou moinillon cherchant à atteindre le ciel tous, fouet ou martinet en main, faisaient pourtant de la souffrance une thérapie bienfaisante !
Qui maniait « le fouet des paillards », celui qu’on a tant reproché à Sade d’avoir aimé donner ou subir, si ce n’est l’Église et l’État ? Qui, sinon l’Église, l’utilisait depuis des siècles pour exorciser les jeunes mariés défaillants rendus incapables d’accomplir leurs devoirs conjugaux par quelque jaloux ayant pratiqué « le nœud de l’aiguillette » ? Qui incitait sans cesse à l’imitation ?
N’importe quel visiteur des tribunaux, des écoles, des églises, des couvents, de la place des Grèves au XVIIIe siècle ne pouvait que constater quels étaient les véritables inventeurs des « meubles des petites maisons », aussi appelés « meubles de religieuse », et comprendre pourquoi Clairwil et Juliette reconnaissaient, dans le moine Claude, leur « père » en matière de libertinage.
« A la suite de nos recherches chez le moine, nous trouvâmes des godemichés, des condoms, des martinets, tous meubles qui nous convainquirent que le père Claude ne nous avait pas attendues pour se jeter dans le libertinage. » (Juliette 10/18 t 2 p 72)
Pour ou contre la fessée, depuis des mois on débat en France de cette « exception française ». Sade et Rousseau auraient sûrement beaucoup de choses à nous dire sur les fessées de l’enfance et leurs effets pervers mais au XXIe siècle, quel psychologue, médecin, député, parent a assez d’humour pour parler des effets secondaires disons, plaisants, de cette pratique
« Vous irez voir votre protecteur Le Noir (le lieutenant de police du Roi) et vous lui direz de me faire prendre l’air, écrit Sade, enfermé à Vincennes, à sa femme en juillet 1783, cela par l’unique raison qu’il le prend bien, lui, quoique bien plus coupable que moi. J’ai fessé quelques culs, oui, j’en conviens, et lui, a risqué de faire mourir de faim un million d’âmes. Le roi est juste : qu’il décide entre nous deux et fasse rouer le plus coupable, j’y consens. »
Pour l’instant, nous dit-on, les parents ne seront pas roués, les ministres non plus !
marie-paule farina

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