ISSN 2269-5141

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Jacques Bouveresse : Le Mythe moderne du progrès

mardi 19 septembre 2017

Le mythe moderne du progrès décortiqué et démonté à partir des critiques de Karl Kraus, Robert Musil, George Orwell, Ludwig Wittgenstein et Georg Henrik von Wright

« Si le progrès ne réside plus guère que dans les moyens, qui ont tendance à augmenter sans cesse, il n’est pas surprenant qu’on le rencontre à chaque pas, avec le sentiment de rencontrer en réalité à chaque fois autre chose que lui. L’impression qui résulte de ce qui se passe est que le progrès est partout, et que pourtant sa physionomie ne peut plus être reconnue nulle part. »

Dans Le Mythe du progrès, von Wright remet en question certaines de nos croyances contemporaines les plus fondamentales, en particulier la croyance au progrès, et rappelle, d’une part, que l’espèce humaine est soumise à la même loi de précarité et de caducité que les autres espèces et, d’autre part, que rien ne garantit que la forme industrielle de production soit biologiquement adaptée à l’être humain. Ces deux idées pourraient donner l’impression de relever du simple bon sens ; elles n’ont rien de particulièrement choquant ou subversif. Mais elles n’en ont pas moins suscité des réactions négatives surprenantes de la part de tous ceux, scientifiques, économistes, politiciens, intellectuels, qui partagent une conviction commune, que l’on peut appeler « la croyance dans la croissance économique illimitée ».
Ce qui confirme l’idée de Kraus que, même si on ne sait pas ce qu’est le progrès, tout le monde est plus que jamais tenu de croire qu’une chose au moins est sûre : nous progressons, nous pouvons le faire de façon illimitée, et l’obligation de continuer à le faire est une sorte d’impératif catégorique pour les sociétés contemporaines.
Quand il s’interroge sur le type de lecteurs qui seraient, au contraire, susceptibles d’apprécier les idées qu’il a développées, von Wright suggère prudemment deux groupes, qu’il appelle celui des « conservateurs de la valeur » et celui des « intellectuels de gauche » – dont il constate, d’une façon que je ne contredirai pas, qu’il semble pour tout dire déjà moribond. La question qui se pose est de savoir qui sont aujourd’hui les intellectuels de gauche. Doit-on encore appeler ainsi des gens qui, s’ils sont plus sensibles que d’autres aux coûts sociaux et humains du progrès, et en particulier aux inégalités qu’il engendre, n’en continuent pas moins le plus souvent à croire à la possibilité et à la nécessité du progrès par la croissance économique illimitée, se contentant pour l’essentiel d’exiger que les fruits de la croissance soient répartis un peu plus équitablement ?

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