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David Graeber : La démocratie aux marges

vendredi 12 avril 2019, par Lucie Doublet

Collaborateur régulier de la revue du MAUSS, David Graeber est aussi l’auteur du célèbre Dette. 5000 ans d’histoire [1]. Ce vaste ouvrage défend un programme d’abolition de la dette à l’échelle mondiale. La démocratie aux marges avance une thèse non moins audacieuse : « anarchisme et démocratie sont – ou devraient être – des notions peu ou prou identiques » [2].

Graeber ne cache pas l’enracinement de sa réflexion dans une préoccupation militante. La question de la démocratie se trouve en effet au cœur des débats qui animent le mouvement altermondialiste. Aux quatre coins du monde, les zapatistes du Chiapas, les piqueros argentins, les squatters hollandais revendiquent plus d’horizontalité. Contre les structures hiérarchiques du pouvoir, ils invitent aux initiatives populaires auto-organisées. Dans quelle mesure le terme de « démocratie » recoupe-t-il la visée de leurs combats ? S’agit-il d’un concept essentiellement occidental, que l’on aurait tort de vouloir importer dans les luttes ? Les régimes représentatifs doivent-ils réellement être considérés comme des démocraties ? Peut-on renoncer à l’usage de ce terme ? La question n’est pas uniquement de mots, mais de tactique politique : à quelles conditions le terme de « démocratie » devient-t-il un outil efficace dans les luttes pour l’émancipation ?
Pour Graeber, il s’avère avant tout nécessaire d’en clarifier le sens, de défaire le glissement sémantique par lequel la démocratie a été assimilée à des systèmes représentatifs plus justement désignés par le terme de « république ».

Dès l’introduction, l’auteur énonce ce qu’il considère être l’essence de la démocratie : « Il me semble qu’il y a une raison pour laquelle l’attrait exercé par le terme de « démocratie » reste indéfectible : […] la démocratie est toujours identifiée à la prise en charge collective par des personnes ordinaires de leurs propres affaires » [3]. Considérant cette définition, la suite de l’ouvrage développe trois thèses majeures. Nous les envisagerons successivement.


1) Le concept de démocratie n’est pas issu d’une tradition occidentale qui remonterait à l’antiquité athénienne

La première raison en est l’incohérence de la notion même de « tradition occidentale ». Sa déconstruction fait l’objet des deux premiers chapitres. Dans le premier (« Sur l’incohérence de la notion de « tradition occidentale » »), Graeber développe une critique originale de la thèse du « choc des civilisations » d’ Huntington ; thèse grossière, mais qui possède du moins l’intérêt de rendre explicite une confusion partagée, y compris par des pensées d’apparence plus subtiles. Depuis la fin de la guerre froide, soutient Huntington, les conflits mondiaux seraient polarisés par les différentes traditions culturelles. La démocratie constituerait une spécificité de la culture occidentale, à laquelle Huntington adjoint aussi l’individualisme, le libéralisme, le constitutionnalisme, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le pluralisme et les droits de l’homme. Graeber souligne l’arbitraire de cette énumération : « N’est-il pas possible d’établir une toute autre liste, par exemple en affirmant que la « culture occidentale » repose sur la science, l’industrie, la rationalité bureaucratique, le nationalisme, les théories raciales et sur une tendance irrépressible à l’expansion géographique, et d’en conclure que cette culture aurait culminé avec le IIIème Reich ? » [4]. A l’inverse, il est aussi facile de montrer que la Chine au l’Inde ont connu durant la plus grande partie de leur histoire un pluralisme religieux plus important que celui de l’occident.

La liste d’Huntington ne se justifie qu’au regard de l’usage incohérent qu’il fait des termes de « culture » et de « civilisation ». Chacun possède en réalité deux significations. La « civilisation » peut désigner « un type de société dans laquelle la vie sociale se concentre principalement dans les villes » [5]. Elle est aussi employée comme synonyme de « raffinement, finesse, créativité culturelle » [6]. De même, la « culture » nomme ou bien « certaines structures sensibles, certains codes symboliques que les membres d’une culture donnée intériorisent au cours de leur processus de socialisation » [7], ou bien « la « haute culture », soit les œuvres les meilleures et les plus profondes » [8]. Huntington passe indistinctement de l’un à l’autre. Il semble définir l’occident par ses œuvres les plus précieuses, ses idéaux les plus élevées ; approche que Graeber appelle la « théorie de la civilisation par les Grands Livres » [9]. Elle n’est pas incohérente en elle-même : si l’occident relève d’une tradition littéraire et philosophique, alors on peut effectivement y voir la naissance les droits de l’homme, même si ceux-ci n’y ont jamais existé qu’au titre d’idée ou de potentialité. Cependant, en ce sens, l’occident n’est pas une culture au sens anthropologique du terme, celui d’habitus, de manière d’être enracinée dans un milieu géographique ou social. Chacun est susceptible d’y avoir accès, quel que soit son origine. Or, c’est précisément ce qu’Huntington ne peut pas reconnaitre, sous peine de ruiner toute son argumentation. Il se trouve donc contraint de confondre continuellement les deux sens du mot « culture », celui de tradition textuelle et de pratiques incorporées.

On trouve le même procédé à l’œuvre chez Lévy-Bruhl, lorsqu’il affirme que les sociétés primitives manifestent une mentalité pré-logique. Définissant la modernité occidentale par la pensée logico-expérimentale que développe sa science, il lui oppose les pratiques les plus étranges et les réactions les plus inhabituelles observées dans le comportement des « primitifs ». Les matériaux ne sont pas comparables, et l’on aurait tout autant pu collecter en France, comme dans n’importe quel pays occidental, des habitus étrangers à la logique logico-expérimental : « Nous savons tous que les gens ordinaires n’appliquent pas les syllogismes d’Aristote et les méthodes expérimentales pour mener leurs affaires quotidiennes » [10].

Dans le chapitre 2 (« Petite parenthèse sur le regard biaisé de l’Occident »), Graeber propose alors de remplacer les notions de « culture » ou de « civilisation » par celle de « systèmes-mondes » [11]. Il s’agit d’initier une toute autre lecture de l’histoire. Durant le Moyen-Age, par exemple, l’Europe et l’Afrique sont deux périphéries économiques et culturelles, nouant des relations analogues avec les Etats de Mésopotamie. L’Islam occupe la place de ce que l’on nomme aujourd’hui la « tradition occidentale » : « même rationalisme scientifique, même juridisme, même monothéisme puritain et même impulsion missionnaire » [12]. De ce point de vue, la « naissance de l’Occident » doit être pensée comme la constitution d’un nouveau système-monde, le « système-monde de l’Atlantique Nord » [13]. L’histoire n’est plus celle de civilisations se développant de manière autonome, mais d’agencements de sociétés enchevêtrées les unes dans les autres.

On peut ainsi envisager à nouveaux frais la question de la naissance de la démocratie. C’est ce à quoi Graeber s’emploie dans le troisième chapitre (« La démocratie n’a pas été inventée à Athènes »). Il est possible d’écrire deux histoires de la démocratie : « soit écrire l’histoire du mot « démocratie », en commençant par la Grèce antique, soit écrire une histoire de ces différentes procédures de décisions égalitaires qui, à Athènes, furent appelées « démocratiques » » [14]. La doxa selon laquelle la démocratie serait née à Athènes confond les deux. Pourtant, l’historien adoptant la seconde approche ne peut que constater l’existence de procédures égalitaires de décision à travers toute l’histoire de l’humanité.

Selon Graeber, les procédures égalitaires antérieures à l’antiquité grecque n’ont pas été appelées « démocratiques » parce qu’elles ne mobilisaient pas le vote, mais visaient le consensus. L’histoire traditionnelle repose sur une conception restreinte de la démocratie, qui l’assimile en fait à la prise de décision majoritaire. Cette détermination n’a pourtant rien d’évident. Dans les sociétés où n’existe aucun moyen de contraindre la minorité, tel que le monopole de la violence par l’Etat, le consensus est nécessaire afin que personne n’ait le sentiment que son opinion ait été ignorée, ni n’ait d’objections suffisante pour refuser de consentir. La démocratie majoritaire, quant à elle, nécessite la conjonction de deux éléments : « 1) le sentiment que les gens doivent avoir un pouvoir égal dans la prise de décision au sein d’un groupe, et 2) un appareil de coercition capable d’assurer l’application de ces décisions » [15]. Rien d’étonnant alors à ce que les deux ne soient que rarement réunis, puisqu’ils sont essentiellement contradictoires. Les sociétés qui reconnaissent à chacun à un égal pouvoir de décision n’accordent le plus souvent aucune légitimité à la contrainte. A l’inverse, les gouvernements imposant leurs décisions politiques par coercition ne se prétendent pas représentatifs d’une quelconque volonté populaire.

L’affirmation selon laquelle la démocratie serait une invention occidentale remontant à Athènes repose donc sur une double erreur : une fausse conception de ce qu’est la culture occidentale d’abord, un glissement sémantique assimilant la démocratie à la prise de décision majoritaire ensuite. Cette proposition nous conduits à la seconde grande thèse de l’ouvrage.


2) Les républiques occidentales n’incarnent pas l’idéal démocratique, elles naissent au contraire de son rejet

Dans le quatrième chapitre (« Sur l’émergence de « l’idéal démocratique »), Greaber conteste la filiation des gouvernements républicains avec l’idéal démocratique. La démocratie a d’abord été dévalorisée dans le système Atlantique Nord, identifiée au règne de la populace et à la confusion. Au XVIIIème siècle, les fondateurs des sociétés dites aujourd’hui « démocratiques », en Angleterre, en France et aux Etats-Unis, lui étaient eux-mêmes hostiles. C’est à un idéal républicain qu’ils se réfèraient, sur le modèle de la « Constitution mixte » de Rome, s’opposant à la fois à l’aristocratie et à la démocratie. Graeber se réfère entre autres à John Adams, dans Defense of the Constitution (1797). Celui-ci défend l’idée qu’aucune société absolument égalitaire ne saurait durer. La constitution américaine définit un équilibre entre les pouvoirs d’un chef, d’une aristocratie et d’un public. A cette époque, les démocrates comme Thomas Paine étaient considérés comme « une poignée d’agitateurs » [16].

Ce n’est qu’à partir de la première moitié du XIXème siècle que des hommes politiques commencent à se dire « démocrates » : Andrew Jackson en 1820, les socialistes français en 1830. La démocratie perd sa connotation de régime chaotique, pour désigner le « noble idéal de la participation publique » [17]. Pour autant, les institutions républicaines ne sont pas modifiées, ni même mises en question par ces hommes politiques. Leurs discours relèvent d’une stratégie électoraliste, corollaire à l’extension du droit de vote. Selon Graeber, l’idéal démocratique ne prend donc pas racine dans la tradition littéraire et philosophique occidentale qui lui est largement hostile. Il est imposé par la volonté populaire, soutenue par des auteurs contestataires comme Thomas Paine ou Victor Hugo.

Le chapitre 5 (« Récupérations croisées ») envisage ensuite les gouvernements du système Nord-Atlantique du point de vue de leurs pratiques. Là encore, il est impossible d’y voir l’incarnation de l’idéal démocratique. Graeber reprend les travaux d’Arrighi, Iftikhar et Min-Wen [18]. Ils montrent que dans leurs prises de positions et leurs actions, notamment vis-à-vis de leurs colonies, les gouvernements « occidentaux » ont systématiquement accordé leur soutien aux élites réactionnaires, contre les mouvements de libérations qui, eux, luttaient pour le droit démocratique à l’autodétermination. Graeber va plus loin : « L’opposition à l’expansion européenne presque partout dans le monde, et cela dès ces débuts, semble avoir été menée au nom même de ces « valeurs occidentales » que les Européens en question n’avait pas encore fait leurs » [19]. Ainsi, lorsque le juriste arabe Zayn al-Din al Malibari propose une première formulation du jihad contre les européens en 1574, dans Gift of the Jihad Warriors in Matters Regardind the Portuguese, il justifie la guerre contre les portugais dans la mesure où leur règne a détruit la société tolérante et pluraliste du Bijapur.

Si les régimes républicains n’incarnent pas l’idéal démocratique, où faut-il alors le chercher ? La troisième thèse que soutient Graeber répond à cette interrogation.


3) Les pratiques démocratiques émergent partout dans le monde, dans les interstices des structures de domination

Le chapitre 6 commence par mettre au jour le biais historiographique qui alimente la doxa. Les historiens universitaires puisent leurs sources dans les traditions textuelles, les corpus fondateurs des sociétés qu’ils étudient. De ce fait les lieux interstitiels, où se joue l’interpénétration des cultures, constitue l’angle mort de leurs études. Graeber prend l’exemple de l’influence de la Ligue des six nations iroquoises sur la Constitution américaine. Dans les années 80, Johansen et Grinde livrent des preuves convaincantes : l’organisation politique des amérindiens, avec sa structure fédérale, a inspirée l’esprit démocratique que nous attribuons à l’Amérique. Alors même que le Congrès vote un texte reconnaissant le fait, cette thèse continue d’être refusée par la majorité des historiens de la Constitution, comme des anthropologues spécialisés dans l’étude des peuples iroquois. Greaber y voit une manifestation de la nécessité pour les chercheurs « de défendre ce qu’ils considèrent comme leur pré carré » [20]. Ces enjeux de propriété intellectuelle empêchent de faire des ponts et d’observer ce qui se joue aux interstices des domaines d’études.

Cette cécité renvoie au problème des sources que Graeber a déjà soulevé. Les historiens de la Constitutions travaillent sur des discours, ceux des « pères fondateurs » des Etats-Unis. On n’y trouve effectivement aucune référence aux amérindiens, mais à une tradition classique issue d’Athènes. Par un raccourci s’en tentant au plan des textes, les historiens font alors de l’esprit démocratique propre à l’Amérique un héritage athénien. Plutôt aurait-il fallut voir, selon Graeber, que les « pères fondateurs » héritiers d’Athènes étaient hostiles à la démocratie, et chercher ailleurs la source des pratiques démocratiques américaines. Pourquoi pas dans ces sociétés amérindiennes que les « pères fondateurs » critiquaient pour leur égalitarisme et leur absence de pouvoir hiérarchique ?

Pour Graeber, les pratiques démocratiques émergent en effet dans les « sociétés des frontières » [21], « lieux d’improvisation interculturelle, hors de portée des Etats » [22]. Il en donne pour exemple les bateaux pirates : leurs équipages, de compositions extrêmement hétérogènes, dont les membres n’étaient rassemblés que par leur commun rejet de l’autorité, ont dû improviser des formes d’autogouvernement en l’absence de tout Etat. Or, les Amériques se caractérisent par l’importance de leurs « sociétés des frontières ». C’est à cette particularité qu’il faut, selon Graeber, attribuer leur esprit démocratique. Il rejoint ainsi la thèse de Bruce Johansen dans Forgotten Founders [23]. Les colons anglais et français commencent à se penser comme appartenant à un peuple nouveau et singulier, celui des « Américains », parce qu’ils font l’expérience d’une forme de vie spécifique aux frontières. Cette dernière se caractérise, entre autres, par un rejet de la hiérarchie et du conformisme européen, nourri au contact des sociétés amérindiennes plus attachées aux principes d’égalité et d’individualisme.

Le chapitre 7 (« Les traditions comme actes de refondation permanente ») s’attache à rendre compte du processus qui nous pousse malgré tout à vouloir imputer les pratiques démocratiques à une tradition particulière. Si les innovations démocratiques émergent dans les « zones d’improvisation cultuelle » [24], leur origine n’est pas à chercher dans les grandes traditions littéraires et philosophiques, d’ailleurs hostiles pour la plupart aux procédures démocratiques. Toutefois, ces traditions opèrent parfois des « processus de refondation démocratiques ». Sous la pression populaire, les intellectuels et les politiques reviennent sur l’histoire de leurs sociétés, afin d’y apercevoir les germes d’un idéal démocratique qui inspirerait leurs développements. C’est bien ce qui a eu lieu en Europe, mais ce processus de refondation non plus ne lui est pas propre. Au début du XXème, des travaux d’historiens indiens, par exemple, mettent au jour des dizaines de cas comparables à Athènes dans l’Asie du Sud. Ils affirment alors que la tradition indienne a toujours été intrinsèquement démocratique. Il semble que ces communautés ne constituaient en réalité que des républiques très limitées : « dans tous les cas, nous avons affaire à une élite politique – effective ou en puissance – qui s’identifie à une tradition de démocratie pour légitimer des formes essentiellement républicaines de gouvernements » [25].

Conclusion

En conclusion, Graeber revient sur les enjeux politiques actuels qui présidaient à sa recherche. L’idéal démocratique est aujourd’hui porté par des expériences comme celle menée par les communautés zapatistes :

« ces communautés constituent un exemple classique de ce que j’ai appelé « des zones d’improvisation démocratique », soit des espaces composés d’un amalgame bigarré de peuples dont la plupart d’entre eux font historiquement l’expérience de méthodes d’autogouvernement démocratique, et placés hors du contrôle immédiat de l’Etat » [26].

Au contraire, les formes de gouvernements républicains caractéristiques du système Atlantique-Nord ne s’appellent « démocraties » que par abus de langage. On désigne par un terme grec, décrivant d’abord une forme d’autogouvernement communautaire, un système républicain fondé sur la représentation. Cet amalgame empêche l’émergence de réelles démocraties : « Durant les deux derniers siècles, les démocrates ont tenté de greffer les idéaux du gouvernement direct du peuple sur l’appareil coercitif de l’Etat. Au final, ce projet s’est révélé tout simplement impossible. Les Etats, en raison de leur nature même, ne peuvent être véritablement démocratisés » [27]. Dans la crise qui traverse actuellement ces systèmes représentatifs, il ne faut pas voir une crise de la démocratie, mais bien une crise de l’Etat.

Notes

[1David GRAEBER, Dette. 5000 ans d’histoire, Les Liens qui Libèrent, 2013

[2Ibid, p. 19

[3David GRAEBER, La démocratie aux marges, Flammarion, 2018, p. 20

[4Ibid, p. 28

[5Ibid, p. 32

[6Ibid

[7Ibid

[8Ibid

[9Ibid, p. 34

[10Ibid, p. 40

[11Ibid, p. 44

[12Ibid, p. 44

[13Ibid, p. 45

[14Ibid, p. 47

[15Ibid, p. 50

[16Ibid, p. 59

[17Ibid, p. 60

[18ARRIGHI Giovanni, IFTIKHAR Ahmad, MIN-WEN Shih, « Beyond Western Hegemonies », texte présenté lors du 21ème Meeting of the Social Science History Association, La Nouvelle-Orléans, Louisiane, 10-13 octobre 1996

[19GREABER, p. 68

[20Ibid, p. 77)

[21Ibid, p. 82

[22Ibid, p. 83

[23JOHANSEN Bruce, Forgotten Founders : How the American Indian Helped Shape Democracy, Boston, Harvard Common Press, 1982

[24GRAEBER, p. 87

[25Ibid, p. 97

[26Ibid, p. 106

[27Ibid, p. 111

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