Danielle Zwarthoed : Comprendre la pauvreté. John Rawls, Amartya Sen

Reconstruction théorique magistrale de nos intuitions communes à propos de la justice sociale, la Théorie de la Justice de John Rawls se devait de prendre en compte les plus défavorisés : c’est chose faite avec le principe de différence qui répartit les biens à l’avantage de ces derniers. Mais qui sont-ils exactement ? Comment les définir objectivement ? Pour Rawls, l’objectivité morale est garantie par l’expérience de pensée de la position originelle, caractérisée par le voile d’ignorance qui masque les intérêts particuliers. Mais cet outil méthodologique du jugement désintéressé en philosophie politique ne constitue-t-il pas un obstacle à la caractérisation de la variété empirique des situations de pauvreté ?
Ces questions, c’est un économiste, et un économiste lui-même originaire d’un pays « pauvre » qui les soulève : Amartya Sen, prix Nobel d’Économie en 1998 pour ses travaux sur le développement humain, la pauvreté et l’économie du bien-être, a critiqué de manière virulente l’indice des biens premiers dont la privation constitue le critère de définition des plus défavorisés dans la théorie rawlsienne. En effet, l’homogénéité des besoins des individus engagés dans la position originelle exclut la prise en compte de la diversité réelle des êtres humains. Les différences de capacités mises en évidence par les indicateurs économiques élaborés avec la participation d’A. Sen n’apparaissent pas derrière le voile d’ignorance or, une théorie de la justice peut-elle se passer d’une analyse des obstacles réels posés aux libertés positives des individus, tels que l’état de santé, le niveau d’éducation et les discriminations dues au genre, à la couleur de peau ou à la classe sociale ?
Ce livre explicite les enjeux de cette discussion et les apports de l’approche par les capacités (capability approach) à la réflexion contemporaine sur les inégalités économiques et sociales.

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