Franck Fischbach : Sans objet, Capitalisme, subjectivité, aliénation

Dans un contexte de crise du système capitaliste – une crise qui n’est sans doute qu’une étape de plus dans une fuite en avant qui dure depuis 30 ans, par laquelle ledit système tente désespérément de dissimuler la contradiction fondamentale qui l’habite (chercher à maintenir à tout prix la forme de la valeur alors même que tout la dénonce comme une forme fondamentalement dépassée, périmée et anachronique de la richesse sociale) – ce livre part de notre impuissance pratique et de l’impossibilité où nous sommes actuellement de penser un autre monde. Et il rapporte cette impossibilité au fait de la privation de monde (et de la privatisation du monde) comme au fait majeur résultant du dispositif capitaliste. Ce dispositif a fait de nous ce que les philosophes modernes ont pensé que nous étions : des sujets séparés de l’objectivité, des sujets sans monde, retirés du monde, spectateurs désinvoltes d’un monde qui n’est plus le leur. La perte du monde et la séparation d’avec l’objectivité sont deux manières d’exprimer un même phénomène : celui de l’aliénation. Ce dispositif a produit l’illusion du sujet souverain et la réalité d’une masse d’individus dépossédés de leur puissance. Au cœur de ce diagnostic, on trouvera une relecture de Marx, une tentative de mise en dialogue de Heidegger avec Marx et une confrontation critique avec des représentants contemporains (Althusser, Deleuze, Foucault) ou actuels (J. Butler, S. Zizek, A. Honneth) de la critique sociale. La perspective est celle d’une objectivation des sujets qui en fasse des « individus sociaux » capables d’un usage commun de leur monde.
Franck Fischbach est Professeur à l’Université de Toulouse 2, spécialiste de philosophie sociale

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