Jacques Schlanger : Du bon usage de Montaigne

« Je veus qu’on m’y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c’est moy que je peins. Mes defauts s’y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve (native, naturelle), autant que la reverence publique (la décence) me l’a permis. » Les Essais, on le sait, ne sont pas une autobiographie, mais un autoportrait emboîté dans un ensemble de digressions, de citations, d’anecdotes, de réflexions morales, présentés avec humour, ironie, parfois avec fausse modestie, en se jouant des temps, des lieux, des circonstances. Lire Montaigne, c’est donc certes découvrir ce portrait que Montaigne fait de lui-même, mais aussi éprouver les forces et les failles de cette introspection : à quelles conditions peut-on se regarder avec lucidité ? La lecture des Essais incite ainsi à vouloir avoir une meilleure idée de soi-même, plus exacte, plus précise. Tel peut être l’usage de Montaigne. Du moins, tel est l’exercice auquel s’est complu l’auteur par un dialogue fécond avec le philosophe.

AUTEUR :
Jacques Schlanger est professeur émérite de philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem.

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