Jean Derrida : La Naissance du corps (Plotin, Protius, Damascius)

Ce livre traite de l’opposition âme/corps tel qu’elle a été comprise par les néoplatoniciens de l’Antiquité, et montre comment, dans leur pensée, l’âme et le corps se déterminent et s’impliquent mutuellement. Les questions impliquées par ce thème sont peut-être plus prégnantes aujourd’hui qu’à l’époque où les néoplatoniciens les ont abordées : la vie du corps et la pensée sont-elles le prolongement l’une de l’autre ? Sommes-nous inconditionnellement humains ? L’humanité qui se définit comme vie douée de raison nous détermine-t-elle intégralement ?
Ce thème est suivi dans les lectures néoplatoniciennes du mythe de la République de Platon. Dans ce récit eschatologique l’âme est séparée du corps par la mort, mais elle est aussi montrée choisissant un corps, allant vers lui et désirant y vivre, car la fin du mythe est la naissance.
On commence par aborder la question de la possibilité même du récit eschatologique et de sa vérité, qui a été explicitement mise en question par Plotin et par Proclus. Puis le lieu central du mythe est exploré : ce lieu est un croisement et un passage, la forme même de l’âme pour Proclus, et une image ou une récapitulation du thème que l’on suit. Ce sont ensuite les conditions de notre humanité qui sont interrogées avec Plotin, car les âmes du mythe ne choisissent pas seulement des vies humaines, mais aussi des vies d’animaux. Enfin on suivra la lecture que font Plotin et Damascius du désir qui conduit les âmes vers des corps, et de la naissance même de ces âmes dans le corps, fin et achèvement du mythe.

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