Louis Valcke : Du cosmos à la conscience

Dans sa précognition de toutes choses, le Créateur avait pris grand plaisir à lire les philosophes présocratiques. C’est ainsi qu’Il avait appris que, même en sa toute-puissance, Il ne disposerait que de deux modèles fondamentaux pour créer son univers. Alors Il se dit :

« Je pourrais me laisser guider par la pure rationalité de Parménide, toute de clarté et de rigueur. C’est un système remarquablement simple. Une fois que j’aurais allumé la mèche du big-bang, je n’aurais plus à m’occuper de rien. Qu’est-ce qui pourrait changer dans les lois que j’aurais établies ? Et comment les entités que j’aurais créées pourraient-elles ne pas leur obéir ? Je n’aurais plus qu’à assister au merveilleux spectacle dont j’aurais été le créateur et le régisseur. Oui, mais voilà, je connaîtrais d’avance et jusque dans ses moindres détails le spectacle qui se déroulerait ainsi devant mes yeux. Que vaut un spectacle dont la mise en scène, chaque tableau, chaque épisode sont connus du spectateur, pour finalement se confondre en l’instantanéité d’un moment ? Quelle triste perspective d’un éternel ennui ! Et dans ce monde parfaitement déterminé, même le serpent le plus malin ne saurait exercer son pouvoir tentateur sur ce premier couple, qui jamais ne connaîtrait la liberté de pécher. Du coup, l’autre voie qui m’est offerte paraît infiniment plus attrayante, cette voie qu’avait explorée Héraclite, voie hésitante, toute en contradiction, où être et n’être pas, c’est et ce n’est pas la même chose. Mais cette incertitude se mue en une infinité de possibles, où tout peut être, où rien n’est jamais donné d’avance. À chaque coup de dés de cet enfant toujours jeune qu’est le Temps, de nouvelles possibilités surgissent. Assister à la naissance d’un monde inachevé et toujours en gésine, voilà qui peut être captivant ! »

Et c’est ainsi que, se laissant guider par Héraclite, Dieu inventa la mécanique quantique, avec ce qui, en elle, dépend du hasard le plus authentique. Du coup le spectacle du monde devient fascinant et toujours inattendu. Depuis ce jour, Dieu se promène de planète en planète, de galaxie en galaxie, sûr d’y découvrir chaque fois quelque nouveauté à laquelle lui-même n’avait pas songé…

Posted in Philosophie contemporaine and tagged .