Marcel Conche : Corsica. Journal étrange V

Peut-on éprouver la surabondance d’amour sans être amoureux ? On le peut si le grand âge vous a libéré de la sexualité et de ses fantasmes. Alors l’amour se montre à l’état pur — le désir étant laissé sur la route. Mais que l’objet d’un tel amour soit une nature féminine « sur laquelle les dieux ont dirigé un rayon et qu’un éclat brillant environne », comme dit Pindare, et à la joie d’aimer s’ajoute le ravissement que donne la beauté. Si maintenant à l’amour se joint, par intervalles, la réflexion sur divers sujets d’histoire et de philosophie, avec la tranquillité d’âme que donne la réflexion autant qu’elle la suppose, le résultat paraît bien être quelque chose comme cette « grande santé » dont Nietzsche a parlé et dont Montaigne a donné l’exemple. En elle, l’amour et la philosophie vont ensemble. (M. Conche)

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