Michel Henry : L’essence de la manifestation

La question du phénomène précède de beaucoup la phénoménologie, elle s’ouvre avec la philosophie et l’accompagne tout au long de son histoire. Mais ce préalable incontournable – car être veut dire apparaître – est surdéterminé par une présupposition irréfléchie. De la Grèce à Heidegger, dans les problématiques classiques de la conscience et de la représentation, dans leurs critiques, dans la phénoménologie de l’intentionnalité et dans ses prolongements, « phénomène » désigne ce qui se montre à l’intérieur d’un horizon de visibilisation, l’Ek-stase d’un Dehors.
La mise en cause de ce monisme ontologique établit que l’Ek-stase ne subsiste que sur le Fond de son anti-essence : immanence si radicale qu’elle ne se tient jamais à distance, incapable de se voir, âme sans Idée, vie dépourvue d’archétype mais liée à soi invinciblement, s’éprouvant dans le subir, le souffrir et le jouir de son propre pathos. Parce que, avant que ne se lève le monde, une Affectivité transcendantale accomplit en nous son Archi-Révélation en même temps qu’elle engendre notre ipséité, ce sont d’autres catégories, d’autres penseurs, une nouvelle phénoménologie qui sont requis si nous voulons parvenir, enfin, à l’intelligence de ce que nous sommes.

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