Paolo Stellino et Olivier Tinland (dir.) : Nietzsche et le relativisme

L’unité de cet ouvrage réside dans le projet de clarifier les coordonnées conceptuelles et historiques qui permettent d’interroger la philosophie de Nietzsche à l’aune de l’idée, notoirement obscure et confuse, de relativisme. Plus que toute autre, cette philosophie a été exposée à l’accusation de relativisme : des notions comme la volonté de puissance, le perspectivisme ou l’interprétation ont souvent été appréhendées comme des indices d’un renoncement à l’absolutisme, à l’universalisme et à l’objectivisme sur les plans de la connaissance, de la morale, de la politique, de l’esthétique ou de l’évaluation globale d’une culture, au profit de la célébration d’un subjectivisme irrationaliste ayant fait le deuil de tout critère transversal de vérité, de validité ou de consensus axiologique. Plus que toute autre, elle a été aussi suspectée d’incohérence et d’autocontradiction : est-il possible de donner une réponse au « problème de la hiérarchie » sans s’appuyer sur une table des valeurs faisant autorité? Est-il légitime d’élaborer un discours qui prétend être « vrai » tout en sapant les fondements de l’idée même de vérité? Comment accorder la pars destruens de la pensée nietzschéenne (critique de la tradition métaphysique, de la morale chrétienne, du rationalisme scientifique, de l’universalisme politique) et sa pars construens (tentative d’édification d’une « philosophie de l’avenir » à même de créer de nouvelles valeurs et de généraliser le type « surhumain »)?
À la lumière de l’état le plus récent des recherches nietzschéennes, mais aussi des recherches contemporaines sur la notion de relativisme, il s’agit de soumettre une telle réception critique à ses zones d’ombres, à ses présupposés et à ses confusions conceptuelles, afin de proposer de nouvelles lectures de la philosophie de Nietzsche capables de replacer celle-ci dans son contexte historique et théorique, de repenser le sens précis du perspectivisme nietzschéen et d’évaluer les enjeux théoriques et pratiques de son rapport à la relativité de la connaissance et des valeurs. La question du relativisme, plutôt que de faire office d’objection hâtive à une telle réception, doit au contraire, à la condition d’avoir été dûment analysée, constituer une voie d’entrée féconde dans les thèses les plus originales de Nietzsche. On pourra dès lors mieux comprendre la manière singulière dont la pensée de celui-ci peut s’inscrire non seulement dans les débats de son temps, mais aussi dans les débats contemporains sur le statut des normes cognitives, pratiques et culturelles de la vie humaine.

Ont participé à ce volume : D. Astor, J. Constâncio, P. Gori, H. Heit, J. Hermens, L. Lupo, S. Marton, M. J. Mayer Branco, Y. Souladié, P. Stellino, O. Tinland et I. Wienand

Ousia – Recueil
300 pages – 14 × 20 cm
ISBN 978-2-87060-187-7 – février 2019

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Ancien élève de l’ENS Lyon, agrégé et docteur en Philosophie, Thibaut Gress est professeur de Philosophie en Première Supérieure au lycée Blomet. Spécialiste de Descartes, il a publié Apprendre à philosopher avec Descartes (Ellipses), Descartes et la précarité du monde (CNRS-Editions), Descartes, admiration et sensibilité (PUF), Leçons sur les Méditations Métaphysiques (Ellipses) ainsi que le Dictionnaire Descartes (Ellipses). Il a également dirigé un collectif, Cheminer avec Descartes (Classiques Garnier). Il est par ailleurs l’auteur d’une étude de philosophie de l’art consacrée à la peinture renaissante italienne, L’œil et l’intelligible (Kimé), et a publié avec Paul Mirault une histoire des intelligences extraterrestres en philosophie, La philosophie au risque de l’intelligence extraterrestre (Vrin). Enfin, il a publié six volumes de balades philosophiques sur les traces des philosophes à Paris, Balades philosophiques (Ipagine).