Patrick Wotling : Nietzsche et le problème de la civilisation

Comment saisir dans sa spécificité une pensée qui récuse les modes d’analyse de la tradition philosophique, et pour mieux défendre son absolue singularité va jusqu’à revendiquer l’incompréhensibilité ? Tel est le défi que Nietzsche lance à ses lecteurs. Comment comprendre la totalité de cette pensée déroutante, éclatée, en évitant la facilité d’une réduction unilatérale et négative : la critique de la morale, du christianisme, de la métaphysique ? À ce défi explicite répondent plus discrètement, dans le texte de Nietzsche, des indices permettant de rendre compte de la logique interne, et de la rigoureuse cohérence de son expérience de pensée. Cette démarche neuve apparaît alors comme la conséquence d’un déplacement de l’interrogation philosophique : « Ma mission : comprendre la cohésion interne et la nécessité de toute civilisation véritable. »
La civilisation comme problème — et ce problème comme centre organisateur de l’ensemble du questionnement de Nietzsche, de la pensée de l’apparence à celle de l’éternel retour : c’est cet axe de réflexion qui permet d’élucider à partir de l’hypothèse de la volonté de puissance la double orientation de l’analyse nietzschéenne, généalogique mais aussi créatrice, médicale mais aussi artistique, qui culmine dans une typologie des civilisations.

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