Philippe Lacoue-Labarthe : La vraie semblance

En 1955, Heidegger avait accepté de préfacer la monographie que l’une de ses anciennes élèves, devenue historienne de l’art, avait consacrée à La Madone Sixtine de Raphaël, avançant une énième hypothèse sur la destination initiale de cette œuvre, certes mondialement connue (et du reste aussi bien mondialement exploitée par l’industrie du Kitsch domestique), mais demeurée parfaitement énigmatique: à l’origine, avançait-elle, ce “tableau” aurait été une “fenêtre peinte”.
Heidegger ne dissimule pas son scepticisme: de manière toute “classique”, il voit plutôt dans l’œuvre un retable; mais s’il s’agit d’une “fenêtre peinte”, encore faut-il s’entendre sur ce qu’est, en son essence, une fenêtre; et sur la “révélation” dont une telle fenêtre est chaque fois l’occasion quant au jeu même du paraître et de la manifestation, de l’apparition – quant au jeu, donc, de la révélation.

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