Pierre Rodrigo : L’intentionnalité créatrice. Problème de phénoménologie et d’esthétique

Depuis sa fondation husserlienne, l’un des traits les plus singuliers de la phénoménologie est de s’infléchir toujours à nouveau vers elle-même pour se refonder, de recommencer pour mieux commencer. Husserl a ainsi fini par se définir comme un « véritable commençant » (wirklichen Anfänger) à défaut d’en avoir été, une fois pour toutes, un « vrai » (rechten). Pour sa part, Merleau-Ponty est revenu avec opiniâtreté sur « l’ombre » de Husserl aussi bien que sur les présupposés conceptuels de ses propres premiers ouvrages. Il en a été de même encore de Michel Henry relativement aux deux précédents, et de Jan Patočka, dans l’élaboration anti-husserlienne de son « asubjectivisme » d’une part, et, d’autre part, dans sa reprise, autocritique cette fois, du problème du sens du « monde naturel ». Et que dire de la critique heideggérienne des catégories métaphysiques de Husserl?
La doctrine de l’intentionnalité fait ainsi constamment l’épreuve de sa validité. C’est pourquoi, « laborieuse comme l’œuvre de Balzac, celle de Proust, celle de Valéry ou celle de Cézanne » (Merleau-Ponty), elle est en affinité intime avec la création artistique. Ces processus de fondation, de refondations et de consonances forment la matière de cet ouvrage.

Pierre Rodrigo est agrégé et Docteur en philosophie. Professeur de philosophie à l’Université de Bourgogne (Dijon), il est membre du Centre Gaston Bachelard, au sein du Centre Georges Chevrier (UMR 5605 CNRS), et chercheur associé aux Archives Husserl de Paris

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