Tristan Dragon : Toland et Leibniz, l’invention du néo-spinozisme

John Toland est connu pour ses Letters to Serena (1704) dans lesquelles il soutient que « la matière est aussi essentiellement active qu’elle est étendue », mais aussi pour son « système panthéiste » dans laquelle on a pu voir l’effet d’un gauchissement matérialiste de la pensée de Spinoza.
Ce travail prend pour point de départ les pièces de l’échange entre Leibniz et Toland (1701-1702) sur la religion naturelle, la réflexion, l’immortalité de l’âme, la nature de la substance et la question architectonique, qui constituent l’arrière-plan des Lettres à Serena publiées ensuite et en éclairent largement les attendus. Il s’attache également à l’arrière-plan leibnizien du débat qui constitue un moment charnière dans l’élaboration des Nouveaux essais. Contre l’idée d’un simple gauchissement de la doctrine spinoziste, il a fallu prendre la mesure de la fameuse « Réfutation de Spinoza », en tentant de montrer cette critique de la doctrine de l’attribut et du mode est paradoxalement au fondement du « panthéisme » de Toland. Tirant la leçon des objections de Leibniz, mais aussi de controverses contemporaines autour du dynamisme newtonien et de la métaphysique de la participation (Henry More, Anne Conway et Georg Wachter), Toland livre au siècle des Lumières une série d’arguments et de thèses (un “néo-spinozisme”) qui n’a plus qu’un rapport assez lointain avec le système de l’Éthique.

Tristan Dagron est chercheur au CNRS (École Normale Supérieure des Lettres et Sciences Humaines, Lyon)

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