Charles Lancar : L’ombre et le philosophe

Chaque individu, qu’il soit ou non doué de raison, qu’il soit riche ou dans le plus complet dénuement possède au moins un bien inaliénable, incessible, et qu’il emporte avec lui dans la mort. Du moins le croit-il. Il en est ainsi pour les animaux, du lion au souriceau, des plantes, du chêne centenaire au moindre brin d’herbe, des rochers à l’infime gravillon. Ce bien, c’est son ombre. Anodine, mystérieuse et par certains aspects inquiétante, elle se révèle pleinement sous le soleil, à la faveur d’un rayon de lune, ou encore sous le faisceau d’un projecteur. Depuis notre naissance, nous sommes habitués à ce que notre ombre nous suive ou nous précède. Parce que nous savons qu’elle n’est jamais bien loin de nous, nous ne lui prêtons que peu ou pas d’attention. On l’imagine docile, soumise à notre humeur, épousant nos faits et gestes. Mais, est-on certain qu’elle ne possède pas sa propre vie, qu’elle ne se livre pas à quelque lointaine incursion ?

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