Didier Ottaviani & Isabelle Boinot : L’humanisme de Michel Foucault

Foucault, humaniste ? C’est la thèse a priori paradoxale de cette introduction au penseur de… la « mort de l’homme » que nous proposent Didier Ottaviani et Isabelle Boinot.

En archéologue du savoir, Foucault (1928-1984) fouille, creuse et décape les fondations de plusieurs périodes historiques pour montrer en quoi la « vérité » est toujours relative à celui qui l’édicte — au pouvoir de celui qui l’édicte.

Or « l’Homme » n’est jamais qu’une figure de vérité parmi d’autres, établie par un certain ordre de pouvoir — de discours — et donc appelée à disparaître si cet ordre devait soudainement se taire…

Une idée déjà suggérée par Nietzsche d’ailleurs…

La folie, la discipline, la loi pénale ? La société définit l’homme en séparant le normal de l’anormal. La façon dont elle exclut, punit et redresse signe la façon dont elle se pense, fonde son système d’échange et de répartition de la richesse. Le panoptisme, système de discipline et de contrôle né avec le capitalisme, aux débuts de l’ère industrielle, s’avère aussi une redoutable arme de production économique. Peu à peu, c’est la vie elle-même, le corps humain, l’espèce toute entière, qui deviennent la matière de l’action politique — en l’espèce : biopolitique.

Comment alors penser l’homme « libre » dans tout cet écheveau de normes et de pratiques de contrôle héritées de diverses époques ? D’abord en regardant de près ce qui se passe autour de nous, en particulier aux marges du système, là où s’expérimente en creux ce qui se déploiera ensuite massivement. À travers ses descriptions cliniques des mécanismes sociaux et des systèmes de pensée, Foucault ouvre de la sorte une nouvelle façon de concevoir l’homme…

De façon très didactique, Didier Ottaviani suit ce lent cheminement de la pensée de Foucault, d’un anti-humanisme de façade à un authentique humanisme du « souci de soi ». Et Isabelle Boinot, avec tout le silence de son freak show, sait appuyer là où ça fait mal, là où la pensée de Michel Foucault nous fait rencontrer les structures de contrôle et voir ces « autres » qu’on ne voit jamais : les moches, les fous, les déviants. Mais aussi là où réside la beauté — dans la différence.

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