Fabienne Brugère, Guillaume le Blanc : Judith Butler. Trouble dans le sujet, trouble dans les normes

Il n’existe ni fondement naturel des normes, ni fondement culturel. Produites dans la vie sociale, incorporées et rejouées dans la vie psychique, elles n’admettent aucune fondation qui les extirperait du pouvoir de leur répétition : aussi les sujets se règlent-ils sur des règles qui ne sont réglées sur rien d’autre que leur seule répétition. Cette contingence des normes est sans appel pour les sujets qui sont pris en elles et se trouvent dès lors durablement assujettis. Cette violence inaugurale peut-elle être surmontée par quelque contestation ? Tel est bien le centre de gravité de la pensée de Judith Butler qui se propose à la fois de malmener le sujet pris dans le quadrillage densifié des relations de pouvoir et les normes en tant qu’elles sont différées ou contestées par des pratiques de vie.
Si la philosophe américaine est principalement connue en France pour avoir relancé la problématique féministe à partir d’une contestation de l’hégémonie de la différence des sexes interprétée en différence de genres, la contestation de l’ordre stabilisé des genres participe d’une analyse renouvelée de l’emprise des relations de pouvoir sur les vies et des formes d’aliénation mentale qui lui sont liées. Il en résulte un trouble dans les normes qui vaut également comme un trouble dans le sujet marqué à la fois par l’imminence de la rage contestataire et l’exposition à la mélancolie.

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