Jad Hatem : Qui est la vérité ?

Lorsqu’elle fait de la vérité un problème particulier, la philosophie s’engage dans une réflexion sur ses conditions de possibilité. Or l’une de ces conditions, rarement examinée, consiste à identifier l’homme à la vérité. Le but du présent ouvrage est de considérer, moyennant une approche comparative, ce qui est impliqué dans l’affirmation : « Je suis la vérité ».
Le premier chapitre, intitulé « Qui est la vérité ? », se propose de déplacer le site de l’interrogation habituelle Qu’est-ce que la vérité ? La question en Qui, et non plus en Quoi conduit à examiner l’anthropologie du point de vue d’une manifestation de soi qui relève, non pas tant du savoir absolu, que d’un savoir de l’absolu au sens où l’absolu immanent est savoir.
Mais l’affirmation « Je suis la vérité » est susceptible de plusieurs flexions. Trois essentielles sont repérées : en dogmatique, en philosophie et en mystique. Une approche comparative était donc de rigueur qui a convoqué trois éminentes figures, Jésus, Çankara et Hallâj, lesquels ont émis la prétention d’être la vérité dans des cadres intellectuels distincts. Le chapitre II qui leur est consacré s’attache en priorité à élucider le sens de la copule dans la proposition énonciative « Ceci est cela ». Un partage entre une acception analytique et une acception synthétique permet de distinguer deux identifications à la vérité, immédiate et dialectique, en sorte d’autoriser aux deux formes opposées de la mystique (interpersonnelle, fusionnelle) de prendre appui sur ladite proposition.
Le chapitre III porte l’unification de l’homme-vérité, savoir si, disant de lui qu’il est l’Un, on vise seulement un Dieu qui a pris forme humaine (comme dans le christianisme, le druzisme et le nusayrisme) ou si le terme peut encore être étendu à un simple homme dans son rapport à Dieu.

AUTEUR :
Philosophe et poète libanais, Jad Hatem est professeur de philosophie, de littérature et de sciences religieuses à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est notamment l’auteur de « Extase cruciale et théophorie chez Thérèse d’Avila » (2002), « La Gloire de l’Un. Philoxène de Mabboug et Laurent de la Résurrection » (2003), « Semer le Messie selon Fondane poète » (2004), « Le Sauveur et les Viscères de l’être. Sur le gnosticisme et Michel Henry » (2004), « Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry » (2004) et de « Hallâj et le Christ » (2005).

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