Jean Scot Erigène : De la division de la Nature. Livre V

Dans ce livre V du Periphyseon consacré à l’eschatologie, Érigène examine la quatrième division de la Nature (la Nature qui ne crée pas et qui n’est pas créée, le Dieu-Fin, auquel retourneront nécessairement tous les étants qui ont procédé du Dieu-Principe). En régime néoplatonicien, la procession implique une conversion qui compense l’écart avec l’origine : les divisions de la Nature postulent donc l’uni?cation des natures sensibles et intelligibles.
Dans le langage de la « divisio Naturae », cela signi?e que tous les effets issus de la troisième division de la Nature (les coordonnées de l’espace-temps) passeront dans les causes primordiales structurant la deuxième division de la Nature, qui à leur tour passeront dans le Dieu-Principe et Fin. Car le niveau supérieur absorbe le niveau inférieur. En ce qui concerne le composé humain, le corps sera absorbé dans l’âme et l’âme absorbée dans l’intellect.
Jean Scot considère le Verbe divin comme Fin du retour de toutes les natures créées, car c’est en Lui que s’opère l’uni?cation des natures, et il est aussi le prototype de la résurrection générale, qui marquera l’abolition du mal, accident, qui n’affecte en rien l’intégrité substantielle de la nature humaine, dont les composantes restent incorruptibles.
L’auteur du Periphyseon se livre à une critique de la mythologie biblique de l’Enfer. Seule la conscience malheureuse pâtira et c’est exclusivement en cela que consistera la damnation. Lors de la résurrection générale, tous les hommes ressusciteront dans leurs corps spirituels soustraits à la dualité des sexes, à la matérialité, à la corruptibilité, et à toute insertion dans des contextes spatio-temporels. Le temps et l’espace cesseront de circonscrire le cosmos, qui sera trans?guré en Dieu. C’est alors que Dieu sera tout en tous. Les élus entameront une ascension in?nie vers le Dieu invisible et inconnaissable, qui se rendra visible et connaissable dans des théophanies toujours plus transparentes, et leur accordera la déification.

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