Michel Henry : romans

Littérature et philosophie avaient pour lui une finalité commune, exposer la réponse à cette question qui a décidé dès sa jeunesse de son engagement intellectuel : « Je voulais savoir qui j’étais. » Sa conception de l’individu, enraciné à son insu dans l’absolu et « tâtonnant dans la nuit intérieure de sa subjectivité concrète », se prêtait au déploiement d’un imaginaire. Si depuis toujours la littérature décrit la condition des êtres et leur destin, il entendait en dévoiler l’arrière-plan, exploitant l’incertitude dans laquelle ils évoluent : la vie est incapable de se mettre à distance d’elle-même dans sa naïveté, même quand sa force se libère de sa passivité première. « Les êtres humains, disait-il, sont des nageurs lâchés dans un océan, et supportés par lui, par ses vagues. Et c’est cela la vie : c’est une vague qui se sent elle-même. » Le véritable protagoniste de ses histoires principielles n’est donc autre que la vie, ce qui est plus vaste que nous-même, tout en étant nous-même.

L’ordre chronologique inversé dans lequel sont présentés ces récits est destiné à faire valoir ce qu’il qualifiait « la tension terrible de la vie » : au Fils du Roi (1981), qui met en scène le paradoxe de l’existence, succède ici L’Amour, Les Yeux fermés qui expose le rapport dramatique de l’individu et de la communauté ; Le Jeune Officier (1954) traite de la découverte paradoxale de soi. Une postface donne des indications, recueillies dans des entretiens ou des manuscrits de Michel Henry, sur leur composition.

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