Santiago Espinosa : L’Objet de beauté

Une certaine critique d’art, si répandue qu’elle est devenue vox populi, nous a habitué depuis fort longtemps, notamment depuis l’avènement de l’art « contemporain », à considérer que l’art est véhicule ou « expression » de bien des choses – du moi, des sentiments, des idées politiques, climatiques, morales –, dont semblent exclues les idées spécifiquement artistiques. Ainsi, ce que le spectateur d’une oeuvre d’art est invité à « comprendre » n’est pas l’oeuvre mais ce qu’elle est réputée signifier (exprimer), sens qui ne se voit ni ne s’entend paradoxalement pas, que l’oeuvre « cache » ou dissimule. Conscient de cette dérive, Jankélévitch avait affirmé lors d’un interview que personne n’aime la musique pour ce qu’elle est ; il semblerait qu’il faille étendre cette vérité à un terrain plus ample : presque personne n’aime l’art pour ce qu’il est.

Que signifie aimer l’art pour ce qu’il est ? Telle est la question qui oriente ce travail. Il s’agit, dans la mesure du possible, de penser l’art en tant qu’art, et l’artiste en tant qu’artiste, autrement dit en tant que créateur d’idées artistiques provoquant des émotions esthétiques. Aimer l’art pour ce qu’il est, c’est trouver le sens de l’oeuvre dans l’oeuvre même, se confondant avec sa beauté. L’oeuvre d’art, lorsqu’elle est conçue pour être jugée comme telle, s’adresse avant tout à une sensibilité esthétique ; c’est alors qu’on peut l’appeler « objet de beauté ».

BIOGRAPHIES CONTRIBUTEURS

Santiago Espinosa

Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est philosophe et traducteur. Il est le lauréat 2015 de la Bourse Cioran du CNL. Encre Marine a déjà publié de lui L’Inexpressif musical (2013), Voir et entendre (2016), Traité des apparences (2017), L’Impensé (2019) et L’Objet de beauté (2021).

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

Chapitre premier. L’objet artistique. Ontologie de l’œuvre d’art
L’objet de l’art. – L’habitude et l’expérience esthétique. – L’art et le réel : l’apparaître retrouvé. – Art et adhésion à l’immédiat. – L’effet de réel. – L’anéantissement du sujet. – Pour un jugement esthétique objectif. – L’effet poétique.

Chapitre 2. L’expression artistique. Des sens de l’art
L’image dans le tapis. – Le sens invisible. – Herméneutique et ascétisme. – Sens extrinsèque et sens intrinsèque de l’oeuvre d’art. – Critique de la sémantique. – Vraisemblance et vérité. – La sensibilité esthétique. – Le style.

Chapitre 3. L’idée artistique. Érotique de l’œuvre d’art
Qu’est-ce qu’une idée artistique ? – L’activité créatrice. – La jouissance esthétique. – L’exécution artistique.

Épilogue. Art et tragique

Cahier des illustrations

Appendices
I. Réalité et actualité (post-scriptum à L’Impensé)
II. Le démon de la morale

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Ancien élève de l’ENS Lyon, agrégé et docteur en Philosophie, Thibaut Gress est professeur de Philosophie en Première Supérieure au lycée Blomet. Spécialiste de Descartes, il a publié Apprendre à philosopher avec Descartes (Ellipses), Descartes et la précarité du monde (CNRS-Editions), Descartes, admiration et sensibilité (PUF), Leçons sur les Méditations Métaphysiques (Ellipses) ainsi que le Dictionnaire Descartes (Ellipses). Il a également dirigé un collectif, Cheminer avec Descartes (Classiques Garnier). Il est par ailleurs l’auteur d’une étude de philosophie de l’art consacrée à la peinture renaissante italienne, L’œil et l’intelligible (Kimé), et a publié avec Paul Mirault une histoire des intelligences extraterrestres en philosophie, La philosophie au risque de l’intelligence extraterrestre (Vrin). Enfin, il a publié six volumes de balades philosophiques sur les traces des philosophes à Paris, Balades philosophiques (Ipagine).