Mai Lequan (dir.) : Goethe et la Naturphilosophie

Goethe n’est pas seulement poète, dramaturge, romancier, artiste. Il est aussi philosophe et surtout philosophe de la nature. Il manifeste un intérêt constant pour des questions scientifiques variées (physique, théorie des couleurs, chimie, météorologie, géologie, minéralogie, morphologie, botanique, zoologie) et influencera profondément la philosophie allemande de la nature des années 1780-1830. Goethe est une référence incontournable pour la Naturphilosophie tant idéaliste (Kant, Schelling, Hegel) que romantique (Hölderlin, Novalis, Schlegel). Il est, selon l’historien de la philosophie Johann Hoffmeister, parmi la nébuleuse hétérogène des philosophes de la nature, comme « le Soleil au milieu des planètes ». Goethe même considère ses écrits scientifiques comme un volet majeur de son œuvre, et dialogue avec d’éminents savants de son temps (Cuvier, Geoffroy Saint Hilaire, les frères Humboldt). Sa Naturphilosophie articule une théorie de la connaissance à une redéfinition de l’expérience privilégiant le recours à l’intuition visuelle, ainsi que la recherche de « phénomènes originaires » (Urphänomene) et des métamorphoses auxquelles ils donnent lieu. Hegel louera dans la Naturphilosophie de Goethe « l’intuition pleine de sens […] qui ordonne ce qui n’est que phénomène d’une manière conforme à la suite intérieure du concept ».
Le présent ouvrage éclaire ce Goethe Naturphilosoph fondateur d’une épistémè intuitionniste, phénoméniste, voire phénoménologique, aux antipodes de la science physico-mathématique, quantitative et intellectuelle, de Descartes ou Newton et inaugurant un style original de compréhension des phénomènes naturels qui se joue des frontières à la fois entre les disciplines scientifiques et entre la philosophie et son autre (science, littérature).

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