Marcel Détienne : La Notion de Daïmon dans le pythagorisme ancien. De la pensée religieuse à la pensée philosophique

En étudiant la notion de daïmon dans le pythagorisme ancien, Marcel Detienne met en lumière la transformation d’une pensée religieuse en une pensée philosophique.
À l’origine, le mot « daïmon » recouvre une grande variété de significations, qui se situent à des niveaux différents de la pensée, en l’occurrence donc, une pensée sociale. Les textes choisis et commentés par Marcel Detienne nous font considérer successivement démons et communauté agricole, culte des démons, démons et rêves, démons et maladies, démons et vengeance et le démon de l’airain. À ce niveau, les diverses significations de daïmon ne sont guère que des variations sur un thème général – la relation des vivants et des puissances du monde invisible. Il n’y a encore là « nulle réflexion sur la nature du daïmon, sur son essence. Bien plutôt, il s’agit d’expérience religieuse ».
À partir de témoignages concordants d’auteurs divers, Marcel Detienne développe ensuite l’idée d’une démonologie dans la pensée religieuse du pythagorisme. On y apprend que le terme ne désigne pas seulement la portion du divin que l’homme porte en lui et, en quelque sorte, l’être divin qui réside en l’homme, mais qu’il peut avoir un sens eschatologique. Il existe en effet une croyance pythagoricienne d’après laquelle les âmes vertueuses deviennent des démons « bons et pleins d’amour pour les hommes ». Il ne s’agit plus seulement d’avoir un bon démon, mais, par la pratique de la vertu, de l’être, que ce soit après la mort ou pendant la vie ; et Pythagore lui-même, dans la pensée de ses disciples, est l’illustration la plus parfaite de ce type de démon, inférieur aux dieux et supérieur aux hommes, qui descend sur terre pour intervenir dans les affaires humaines et sauver la race des hommes.

BIOGRAPHIES CONTRIBUTEURS

Jean-Pierre Vernant

Agrégé de philosophie ; Helléniste ; Professeur au Collège de France (1975-1984)

TABLE DES MATIÈRES

Note de l’éditeur
Préface
Avant-propos

Première partie. Prolégomènes
I. Introduction
II. Approximations sur la notion de Δαίμων
III. Aspects d’une pensée religieuse de caractère social dans la représentation pythagoricienne du δαίμων

Deuxième partie. Les significations de δαιμων dans le système de la pensée religieuse du pythagorisme ancien
Introduction
I. La représentation pythagoricienne de l’âme démonique
II. La signification eschatologique de δαιμων. D’Hésiode aux Pythagoriciens

Troisième partie. La mutation de δαιμων. D’une pensée mythique à une pensée rationnelle
Introduction
I. De l’équivoque à l’univoque : l’ambiguïté de la notion de δαίμων et sa valeur d’intermédiaire
II. Les formes de l’objectivation de δαίμων : démons lunaires des Pythagoriciens, et thèmes de la démonologie de l’Ancienne Académie

Conclusions
Appendice : Pythagoricorum fragmenta de daemonibus
Table des Auteurs modernes
Table des Auteurs anciens

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Ancien élève de l’ENS Lyon, agrégé et docteur en Philosophie, Thibaut Gress est professeur de Philosophie en Première Supérieure au lycée Blomet. Spécialiste de Descartes, il a publié Apprendre à philosopher avec Descartes (Ellipses), Descartes et la précarité du monde (CNRS-Editions), Descartes, admiration et sensibilité (PUF), Leçons sur les Méditations Métaphysiques (Ellipses) ainsi que le Dictionnaire Descartes (Ellipses). Il a également dirigé un collectif, Cheminer avec Descartes (Classiques Garnier). Il est par ailleurs l’auteur d’une étude de philosophie de l’art consacrée à la peinture renaissante italienne, L’œil et l’intelligible (Kimé), et a publié avec Paul Mirault une histoire des intelligences extraterrestres en philosophie, La philosophie au risque de l’intelligence extraterrestre (Vrin). Enfin, il a publié six volumes de balades philosophiques sur les traces des philosophes à Paris, Balades philosophiques (Ipagine).