Patrick Leconte : Proximité. Lectures du phénomène éthique

La proximité n’est pas simplement la moindre distance de l’un à l’autre, elle est la présence de l’un pour l’autre, de l’autre pour l’un, un écart où s’institue l’altérité en même temps qu’elle s’y épuise. Proximité désigne un domaine de réciprocité qui est d’abord celui des corps, ou, selon la formule de Merleau-Ponty, celui d’une entrexpression charnelle, source vivante de sens. Ce domaine, et le mouvement d’expressivité qui s’y déploie, nous tentons ici d’en suivre la mise à jour, en ces lectures qui, de Husserl à PatoČka, de Merleau-Ponty à Lévinas, nous en révèlent la naissance dans le voir et le toucher, dans l’imminence d’un contact, dans la « conversation » des corps et dans celle des voix.
Le phénomène de la proximité s’y donne à voir comme l’articulation du souci de l’autre et de l’identité à soi. Ces lectures nous mènent alors au point où la description phénoménologique rencontre l’exigence éthique. Comment la constitution réciproque dans la proximité ne serait-elle pas en effet également responsabilité? Du phénoménologique à l’éthique la proximité nous apparaît comme une surface de virement où c’est une certaine déficience de la présence qui tourne en injonction à être. La proximité est ainsi le phénomène-éthique, dans le double sens de la reprise l’une par l’autre de la manifestation et de l’implication. Mais ce recouvrement de la signification phénoménologique et de la signifiance éthique dans la proximité ne les accordera pas cependant, il signifie plutôt leur interruption réciproque, et le besoin l’une de l’autre dans lequel elles s’éprouvent.
Patrick Leconte est professeur de Philosophie en Première supérieure (khâgne) dans l’académie de Nice

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