Augustin Giovannoni : Les figures de l’homme trompé

La figure de l’homme trompé met en jeu la plus compliquée des relations : celle que nous avons avec nous-mêmes. Si la duperie est liée aux fondements de la subjectivité humaine et à la nature des relations interpersonnelles, alors crédulité et faillibilité apparaissent comme des composantes majeures du rapport à soi et aux autres. Poser l’existence d’une opacité partielle du sujet à lui-même, c’est aussi mettre en évidence la duperie comme catégorie d’analyse politique, voire clinique. D’où la problématique centrale de ce livre : comment opère la logique de la dénégation et de toute tromperie à l’œuvre dans notre expérience du monde – on se dupe entre individus, entre groupes, entre États, mais on se dupe également soi-même.
Pour saisir la nature de ce phénomène, il convient de repenser la question du sujet et de faire apparaître les manifestations paradoxales et les effets de décalage qui constituent la condition de la subjectivité dupée : aveuglement, méconnaissance, inconstance, assujettissement. Il est alors possible d’explorer les failles de la vie affective : les illusions de l’identité personnelle, la faiblesse de la volonté, les croyances irrationnelles, la servitude volontaire, le registre de la défaillance identitaire, la dissonance entre l’être et le paraître, le statut de la mélancolie et la question de la reconnaissance.
C’est dire combien cet ouvrage aborde un sujet aussi essentiel que peu traité par la réflexion contemporaine. On est tous plongés dans le storytelling et autres histoires dont on est le héros. Augustin Giovannoni en démonte les mécanismes avec une grande subtilité d’analyse et de nombreux exemples.

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