Elodie Giroux : Après Canguilhem, définir la santé et la maladie

La définition générale de la santé et de la maladie revêt des enjeux pratiques, sociaux, économiques et politiques considérables : notamment la décision sur l’irresponsabilité dans le domaine judiciaire mais aussi le remboursement des traitements et les orientations de recherches biomédicales. Or elle soulève d’importantes difficultés. Le terme de maladie désigne-t-il avant tout un état indésirable vécu par un sujet ? Peut-on établir un concept neutre qui légitime un usage scientifique ainsi que son extension aux animaux et aux plantes ? La santé est-elle un concept positif comme l’affirme la définition de l’OMS ? Et si c’est le cas, quelles en sont les limites et comment la distinguer du bonheur ?
La philosophie a un rôle à jouer ne serait-ce que pour clarifier le sens de ces termes, particulièrement ambigus et plurivoques, analyser la part des normes et des valeurs qu’ils contiennent et, si possible, proposer des définitions. C’était la conviction du philosophe et médecin Georges Canguilhem qui, dans sa thèse de médecine publiée en 1943, défendit l’impossibilité d’une conception objective et entièrement scientifique de la santé et de la maladie à partir de la notion de normativité biologique. Depuis 1970, la philosophie de la médecine, principalement anglo-saxonne, a apporté d’importants développements sur toutes ces questions. Ce livre présente et analyse les définitions de la santé de deux des principaux représentants du débat moderne entre « naturalisme » et « normativisme » : celle bio-statistique et analytique de Christopher Boorse et celle holiste, qui repose sur la notion de capacité à agir, de Lennart Nordenfelt. Il est montré comment ces deux définitions prolongent et approfondissent les analyses de Canguilhem.

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