François Jullien : L’Europe, ou Platon vu de Chine

Où on redécouvrira à neuf, le considérant de Chine, quelle invention audacieuse l’idéalisme platonicien a été ; et, plus encore, quelle dramatisation de l’existence un tel coup de force a su inspirer.
Idéal est un mot d’Europe : il s’y retrouve d’une langue à l’autre, seule diffère la façon de le prononcer.

Or qu’en advient-il quand on sort d’Europe, notamment quand on passe en Chine ?

Car il n’est pas banal d’avoir isolé dans la vie de l’esprit cette représentation unitaire, détachée de l’affectif, qu’on appelle « idée ». Il l’est encore moins d’avoir imaginé reporter sur elle, promue en « idéal » séparé du monde, la fixation du désir : au point de faire de cette abstraction le mobile d’une humanité prête à s’y sacrifier.

Cet idéalisme platonicien – il est vrai – nous a lassés. Mais on redécouvrira à neuf, le considérant de Chine, quelle invention audacieuse il a été ; et, plus encore, quelle dramatisation de l’existence un tel coup de force a su inspirer.

Or sur cette scène de l’idéal le rideau ne viendrait-il pas de tomber ?

Ou que devient une « Europe » rompant avec l’Idéal ?

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