Karl Marx : les manuscrits économico-philosophiques de 1844 commentés par Franck Fischbach

Dans les Manuscrits économico-philosophiques de 1844, on n’a parfois vu qu’un document à valeur de témoignage sur ce qu’était Marx à la veille de sa « sortie » de la philosophie. Il ne peut s’agir de tomber dans l’extrême inverse qui ferait des Manuscrits le seul texte de Marx digne d’entrer au Panthéon de l’histoire de la philosophie. Les Manuscrits ne sont pas un obstacle à surmonter pour accéder à Marx, ils ne sont pas non plus « tout Marx » : ils offrent une voie d’accès à sa pensée, justement parce que Marx y conquiert une pratique nouvelle de la philosophie comme « critique de l’économie politique », c’est-à-dire comme critique du savoir dans et par lequel l’époque forme et expose sa conscience d’elle-même. En ce sens, Marx radicalise l’entreprise critique inaugurée par Kant, poursuivie par Fichte et Hegel : chez lui, la critique philosophique du savoir de soi de l’époque – comme d’un savoir tronqué, imaginaire et trompeur – aboutit à l’exigence d’une transformation de la pratique sociale qui engendre cette méconnaissance et cette fausse conscience. Mieux comprendre le monde en changeant ensemble notre manière d’être et d’agir : loin de tourner le dos à la philosophie, Marx renoue avec son ambition première et fondatrice, toujours actuelle.
Introduction, traduction et notes par Franck Fischbach, Professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail et spécialiste de philosophie allemande moderne et contemporaine.

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