Nouvelle Collection chez Vrin : Philosophie et cinéma, sous la direction d’Eric Dufour

Direction : Eric Dufour  Comité éditorial : Julien Servois et Laurent Jullier.

« Le cinéma est aussi l’affaire de philosophie »

La collection Philosophie et cinéma se donne comme champ d’investigation l’objet cinématographique dans la pluralité de ses dimensions : les œuvres et leur réception, les genres, les auteurs et les théories du cinéma. Elle se veut résolument philosophique : les textes qu’elle propose, écartant tout recours aux méthodes interprétatives prédéterminées, veulent saisir dans l’expérience cinématographique elle-même sa teneur conceptuelle. Elle se veut radicalement critique : le philosophe pense cette expérience non comme un face à face avec son objet mais comme un dialogue avec le public dont il fait partie.

Comment vous est venue l’idée de cette collection ?

D’une discussion avec Denis Arnaud suite à la publication de mon livre Le Cinéma d’horreur et ses figures (). Je voulais généraliser le travail que j’ai fait sur ce livre, l’étendre au cinéma dans sa totalité et aux cinémas dans leur diversité. L’idée, c’est de montrer comment le film, essentiellement par l’art du cadrage, du montage, les agencements de la bande son avec la bande audio, constitue une manière de produire un sens et plus précisément d’inventer un monde. « Philosophie et cinéma », cela voulait d’abord dire qu’il fallait prendre le cinéma comme une forme de pensée. En ce sens, il ne s’agit surtout pas de prendre le cinéma comme simple prétexte en y trouvant l’exemplification d’idées ou de thèses philosophiques déjà toutes faites et plaquées de l’extérieur.

« Le cinéma est aussi l’affaire de la philosophie » : pourquoi la philosophie ne se saisit-elle de cet objet que plus d’un siècle après l’invention du cinéma ? Considérait-elle que cet art n’était pas assez « élevé » pour elle ?

D’une certaine façon, il y a toujours eu des textes philosophiques sur le cinéma. Mais c’est vrai que, curieusement, ce ne sont pas des textes de « grands » philosophes et même de philosophes estampillés comme tels par l’institution (si l’on excepte des gens comme Münsterberg, Arnheim ou Souriau). Ce ne sont pas Bergson, Husserl ou même Sartre qui écrivent sur le cinéma, mais ce sont Eisenstein, Balazs, Epstein, puis Mitry… On peut dire que, parmi les philosophes, Deleuze, s’il écrit sur le cinéma, est le premier philosophe cinéphile, c’est-à-dire doté d’une connaissance incroyable qui va de Ford ou Hitchcock à Straub ou Rouch.
Et puis à cela s’ajoute que le cinéma est un art récent – donc le discours sur le cinéma est encore plus récent. Le livre sur le cinéma, le discours sur le cinéma, il lui a fallu le temps de s’institutionnaliser : ce temps, c’est le temps qu’il a fallu pour que le cinéma devienne objet d’études universitaires. C’est très récent.

Tout film peut-il se prêter à une réflexion philosophique ou existe-t-il des régimes d’exception ? Les films « populaires » sont-ils nécessairement « anti-philosophiques » ?

Mon premier livre sur le cinéma, c’est Le Cinéma d’horreur et ses figures, paru aux P.U.F. (). L’enjeu, c’était justement de montrer l’intérêt d’un cinéma généralement méprisé par la critique et plus largement l’intelligentsia. Cet intérêt, il n’est pas simplement philosophique au sens large et vague du terme, mais esthétique : il n’est pas dans l’« histoire » du film, dans le contenu pris isolément, mais dans la manière dont le cinéma donne une forme à un contenu et donc une image à la peur et invente des dispositifs pour exprimer la terreur. Et, du coup, ce que j’ai cherché à faire, c’est une typologie des figures proprement cinématographiques par lesquelles les grands cinéastes (Carpenter, Argento, Larry Cohen, etc.) donnent une expression à l’horreur. Bref, il n’y a pas de régime d’exception, c’est-à-dire un cinéma intelligent d’un côté et, de l’autre, un cinéma de divertissement qui serait nécessairement bête. Car il existe un cinéma à prétention intellectuelle qui ne présente aucun intérêt, de même qu’il y a un cinéma de divertissement intelligent (l’exemple exemplaire, c’est évidemment Hitchcock).

En quoi consiste le site internet « philosophie et cinéma » ?

Le site Philosophie et cinéma a d’abord pour fonction d’être la vitrine de la collection. Mais nous voudrions qu’il devienne plus que cela, c’est-à-dire qu’il soit aussi un lieu de publication où l’on puisse trouver des textes en ligne sur les genres, les auteurs, les films, les théoriciens. Voilà pourquoi nous invitons ceux qui pourraient être intéressés à nous envoyer leur contribution – de même que nous espérons aussi recevoir des projets pour la collection en lui donnant cette visibilité.

Propos recueillis par Élodie Pinel

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