Edmund Husserl : Recherches logiques III

Au moment de sa réédition, Husserl avait pensé remanier profondément la Recherche VI pour la rendre conforme à la plus récente conception de la phénoménologie transcendantale. La guerre et des préoccupations nouvelles l’en ayant empêché, cette sixième Recherche n’a été rééditée qu’en 1921, à peu près identique à l’édition originale. Son intérêt primordial tient à la nouvelle formulation que la phénoménologie y impose à la « théorie de la connaissance » et à la vérité comprise comme adaequatio rei et intellectus. Ce problème, que Logique formelle et logique transcendantale reprendra, est réinterprété ici comme la relation entre l’intention vide et l’intention remplie par la donnée, dans l’évidence intuitive, de son objet, suivant différents degrés de connaissance, qui vont de la simple identification de l’objet perçu à la plénitude de sa présence intuitive. Certains actes, tels ceux du juger, sont édifiés sur d’autres actes qui les fondent mais, contre Kant qui définit l’entendement à l’encontre de la sensibilité, par sa fonction subsumante, Husserl élargit le concept d’intuition en admettant une intuition catégoriale. Assurant le remplissement des noms qui désignent les « objets généraux », elle permet à la science et à la logique d’échapper au nominalisme. L’élucidation des intuitions catégoriales comme actes fondés dans le sensible évite tout autant le réalisme platonisant. Le fil conducteur de Husserl jusqu’à la Krisis traverse déjà cette Recherche VI : l’objectivité de la connaissance et la vie propre des objets idéaux au regard de leur fondation subjective.

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